Réagissez

Publié le par L'équipe de Débattons !

Aujourd'hui, un extrait du bloc-note d'Ivan Rioufol daté du 25 mai 2007. A vos claviers !

Des réflexes de droite honteuse demeurent. Quand le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, répond lundi aux historiens de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (qui dénoncent un « amalgame » dans le ministère de l'Immigration et de l'Identité) : « Quand on parle d'identité nationale, on parle de citoyenneté et de valeurs républicaines, de rien d'autre », elle avalise l'interdiction des belles âmes de soumettre l'immigration à la critique.

Ces historiens démissionnaires estiment qu'« il n'est pas dans le rôle d'un État démocratique de définir l'identité ». Ils contestent que l'immigration puisse être un « problème » et laissent comprendre que ceux qui le pensent sont xénophobes et nationalistes : des accusations qui ont rendu impossible de débattre du nouveau peuplement de la France - cette « recomposition du paysage humain » qui enchanta en 2005 l'écrivain Tahar Ben Jelloun - sauf pour s'en réjouir et l'encourager.

Or, ces immigrationnistes ont leur part dans la crise identitaire, née notamment d'une intégration asphyxiée. Si l'immigration a été une chance pour la France et a sa place dans son histoire, elle est devenue, pour partie, un risque. Il se lit, dans les cités, dans la multiplication du port du voile, symbole assumé d'un séparatisme ethnico-religieux. Plutôt que de donner toujours raison aux idéologues de l'homme nouveau, ne serait-il pas temps de les confronter aux tensions qu'ils sèment ?


Exemplaire Rachida Dati

La nomination, plébiscitée par l'opinion, de Rachida Dati au ministère de la Justice, rappelle que la nation sait faire confiance aux compatriotes issus de l'immigration maghrébine, pourvu qu'ils en acceptent les lois, la laïcité, le mode de vie. Une majorité d'entre eux adoptent ces exigences communes. Ils participent à l'enrichissement de l'identité nationale, comme le firent les Européens au siècle dernier. Subissant trop souvent la méfiance liée à leur nom, ils devraient d'ailleurs être davantage mis en avant.

Mais quand le MoDem de François Bayrou, réuni hier soir à Paris, choisit de parrainer le judoka Djamel Bouras dans la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, c'est le communautarisme qui est cautionné. Bouras avait déclaré, lors d'une manifestation contre l'interdiction du voile à l'école : « Je demande aux gens qui me ressemblent de créer leur communauté. Comme ça, on aura nos avocats, nos juges, nos politiques » (bloc-notes du 23 janvier 2004). Soutien inconditionnel de la cause palestinienne et de ses bras armés, il lie ses revendications à ses origines.

Le choix de Bayrou pour le multiculturalisme, qui lui a fait dénoncer l'« obsession de l'identité nationale », trouve ici ses limites. Occulter le phénomène de réislamisation - dans lequel s'inscrit également la candidature de Mouloud Aounit, contestée pour cela par des membres du Mrap qu'il préside - revient à négliger ce que Necla Kelek, née en Turquie, appelle la « dimension culturelle de l'être-musulman » (Plaidoyer pour la libération de l'homme musulman, Éditions Jacqueline Chambon), qui conduit à l'épanouissement d'une contre-culture au sein de l'Oumma, la communauté des croyants.

Les politiques seraient d'ailleurs bien inspirés d'écouter ces musulmanes d'origine, qui dénoncent ceux qui croient pouvoir vivre en Europe en accord avec les lois islamiques (la charia). « La charia ne repose sur aucun des principes légaux issus des Lumières », explique Necla Kelek, qui vit en Allemagne. « Sans rejet de la charia et du principe de vengeance, tous les efforts d'intégrer les musulmans sont  condamnés d'avance. » Le gouvernement osera-t-il tenir un jour de tels propos ?





http://www.lefigaro.fr/debats/20070525.FIG000000028_identite_nationale_de_pesants_tabous.html 


Hesnoone

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