Restons polis et courtois...

Publié le par L'équipe de Débattons !

Si j'en crois une lecture complète des articles de journaux rendant compte des travaux de notre commission [la commission Attali] nous aurions - paraît-il - commencé à faire souffler un vent de liberté sur l'économie française. Ne serait-ce que par l'éventail des mesures proposées pour stimuler la concurrence. Libérer, libération, liberté sont en effet les mots les plus utilisés à l'égard de notre commission. Et par bonheur personne n'utilise les mots de libéral ou de libéralisme qui avaient tous les deux servis à qualifier le rapport Camdessus, le rendant du même coup beaucoup moins audible.(1)
Personne n'utilise les mots "libéral", "libéralisme". Une fois de plus, il semble que ces mots renvoient à un mal absolu (au Grand Satan ?). Traiter un homme politique de libéra est - en France - l'insulter mortellement ! 

Mais, que se cache-t-il derrière ces mots pour que la plupart des Français, ou du moins la plupart des élites politiques françaises bien pensantes, les honnissent ?
 
Je vous propose de creuser un peu ce problème, afin que vous puissiez en âme et conscience soutenir - ou pas ! - ceux qui veulent faire peur au libéralisme. 

J'essaierai de séparer nettement mes opinions et les "faits" ; mon but n'étant pas de faire l'apologie d'un système - que je ne connais pas assez bien - pas plus que de vous fournir une vision exhaustive de ce courant de pensée - pour la même raison -. Il s'agit juste de vous donner quelques matériaux afin que vous puissiez vous forger votre propre opinion, et surtout savoir un minimum de quoi l'on parle lorsque l'on utilise les termes de "libéral" ou "libéralisme". Il est tellement tentant et réducteur de faire l'amalgamme avec l'ultra libéralisme, par exemple... 

Commençons - de façon originale - par le commencement : ouvrons un dictionnaire. Il s'agira du seul que j'ai sous la main, le Petit Robert (mai 1997) 

Libéralisme : 
1. (vieilli) Attitude, doctrine des libéraux, partisans de la liberté politique, de la liberté de conscience. - (specialt) Ensemble des doctrines qui tendent à garantir les libertés individuelles dans la société. 
2. (mod) (opposé à étatisme et socialisme) Doctrine économique classique prônant la libre entreprise, la libre concurrence et le libre jeu des initiatives individuelles. 
3. Attitude de respect à l'égard de l'indépendance d'autrui, de tolérance envers ses opinions. 
CONTR. Absolutisme, despotisme, dirigisme, étatisme, socialisme. 

Ceci semble intéressant, mais je pense que nous sommes tous d'accord sur le fait que travailler sur une unique source est un peu juste. Je vous propose donc les deux autres définitions suivantes : 


Le libéralisme est un mouvement intellectuel né dans l'Europe des Lumières aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui affirme les principes de liberté et de responsabilité individuelles. 

Il repose sur l'idée que chaque être humain possède des droits naturels sur lesquels aucun pouvoir ne peut empiéter. En conséquence, les libéraux veulent limiter, au profit du libre-arbitre de chaque individu, les choix imposés à la société par l'État ou par d'autres formes de pouvoir, quels qu'en soient la forme et le mode de désignation. 

Le libéralisme est d'abord une morale individuelle, ensuite une philosophie de la vie en société dérivée de cette morale, enfin seulement, une doctrine économique qui se déduit logiquement de cette morale et de cette philosophie. 

Pour les libéraux, la dichotomie entre « libéralisme économique » et « libéralisme politique » n'existe pas. Il n'y a qu'un seul libéralisme. Au sens large, le libéralisme prône l'établissement d'une société caractérisée par la liberté de penser des individus, le respect du droit naturel, le libre échange des idées, l'initiative privée et son corollaire l'économie de marché, et un pouvoir politique légal et transparent garantissant les droits des minorités. (2) 



LIBÉRALISME n. m. XIXe siècle. Dérivé de libéral. 
1. Doctrine réclamant pour tous la liberté de conscience et d'opinion. Se dit plus particulièrement, aujourd'hui, d'une doctrine politique qui préconise l'extension et l'affermissement des libertés et des garanties accordées aux citoyens pour les protéger de l'ingérence de l'État, de l'arbitraire du gouvernement ou de la contrainte des forces sociales organisées. 
2. Doctrine économique qui préconise la libre entreprise, la libre concurrence et la liberté des échanges commerciaux. Le libéralisme économique est fondé sur le libre jeu du marché. 
3. Respect de la liberté et des opinions d'autrui, et, plus généralement, confiance dans les heureux effets de la liberté. (3) 



Voici trois références dont au moins deux (la définition du Petit Robert, la définition du dictionnaire de l'Académie Française) peuvent être jugées impartiales. 

Qu'en déduit-on ? 

Tout d'abord, le libéralisme est à la base un mouvement philosophique héritier des Lumières, mouvement prônant la liberté de conscience et d'opinion. Plus généralement, il semble que le libéralisme défende toutes les libertés individuelles dans la société. 

Jusque là, j'avoue ne pas voir pourquoi ce mot fait peur... Poursuivons, nous verrons peut être la lumière plus tard ! 

Plus, le libéralisme affirme que tout est centré sur l'individu, la principale tâche de l'Etat - sinon la seule - serait de défendre les libertés individuelles

Ici, je commence à voir le problème : le libéralisme veut limiter l'intervention de l'Etat... 

Conséquence de ce mouvement philosophique, bien que les libéralismes eux mêmes considèrent qu'il s'agit de deux concepts indissociables, le libéralisme économique. On apprend ici que le libéralisme économique soutient la libre entreprise, la libre concurrence et le libre jeu des initiatives individuelles

Pire : deux mots contraires au libéralisme sont "étatisme" et "socialisme". Horreur ! Blasphème ! Honni soit le libéralisme ! Après tout, il ose s'opposer au communisme... Je force le trait ? A peine. 

Pour "conclure", deux extraits de sites, l'un résolument libéral l'autre favorable au "communisme libertaire" (anarchisme). 

Les théoriciens du libéralisme développent également une conception de la société où l'homme est représenté comme une simple individu séparé des autres individus. Ses intérêts sont conçus comme antagonistes avec ceux des autres hommes. La compétition est ainsi comprise comme le mode général de gestion des rapports humains : la concurrence universelle comme le seul mode possible d'existence. 

Attachée à l'idée de liberté mais pas à celle "d'égalité fondée sur le partage des ressources existantes", le libéralisme est très favorable aux personnes qui ont un capital à faire fructifier mais très défavorable à ceux qui n'ont rien et qui sont obligés de vendre leur force de travail dans des conditions misérables. La justification qu'elle apporte aux contradictions produites par le " marché libre " tend de ce point de vue à en faire le pur et simple reflet idéologique du capitalisme. 

On peut dire en ce sens du libéralisme politique qu'il est le reflet du libéralisme économique qui n'est rien d'autre que l'organisation capitaliste de la production. Il est à noter également que de nos jours et depuis la révolution française, le libéralisme va de pair avec les conceptions républicaines. Très critiqué par Marx ainsi que par les révolutionnaires du dix-neuvième et du vingtième siècles, le libéralisme est aujourd'hui présenté comme le meilleur système économique et politique existant mais pour combien de temps ? (4) 


Être libéral en France en 2007, c’est un peu comme être un astro-zombie mutant. C’est mal vu dans les soirées entre amis ou dans les dîners entre gens biens. 

C’est assez injuste. 

Les astro-zombies mutants ne sont pas à l’origine de la Déclaration des Droits de l’Homme. 

Les astro-zombies mutants n’ont pas contribué aux théories économiques qui ont permis un recul de la misère sans précédent dans l’histoire de l’humanité. 

Le libéralisme oui. 

La domination culturelle et médiatique de la gauche socialiste depuis les années soixante a en effet petit à petit institué des tabous politiques que l’on se doit de respecter dans beaucoup de milieux intelligents, humanistes et un chouia conformistes. 

[...] 

A côté du bon cèpe libéral pousse la très nocive amanite socialoïde. 

A petite dose elle donne des hallucinations. Le sujet qui l'a ingérée se croit capable d'énoncer ce qui est juste ou injuste en balayant un regard superficiel sur une société complexe. Puis, pris de mégalomanie, il n'hésitera pas à forcer ses concitoyens à faire, à choisir ou à donner ce qu'ils pourraient faire, choisir ou donenr eux mêmes. Ses concitoyens étant soit bêtes soit égoïstes, il a le droit de décider à leur place en les insultant de préférence : ils sont bêtes ou égoïstes. 

A haute dose, l'amanite socialoïde devient mortelle. Des éruptions de goulags se répendent sur tout le territoire, le taux de globules travailleurs et créatifs diminue drastiquement* tandis que le taux de globules "flics de la pensée" et " commissions ça-va-pas-être-possible" explose. Le sujet s'amaigrit alors dans une souffrance sourde et résignée. L'amanite est d'autant plus tentante qu'elle a de belles couleurs rouges. (5) 


NB : dans la version originale : "le taux de globules travailleuses et créatives diminuent"
 
Une dernière information sur mes "Amis Ricains" comme dirait Buffalo : on m'a dit un jour qu'aux USA un libéral est quelqu'un de progressiste et de bien plus à gauche que le parti démocrate. (explication de texte sur "Logical Song", Supertramp ;)).
 

Hesnoone 

(1) http://www.lefigaro.fr/debats/20071022.FIG000000100_la_commission_attali_cherche_la_croissance_sans_ideologie_ni_tabou.html 
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Liberalisme 
(3) http://www.academie-francaise.fr/dictionnaire/index.html 
(4) http://www.heraclitea.com/collectivisme.htm
 (5) http://www.dantou.fr/liberalisme.htm

Publié dans Economie-Social

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Buffalo (de l'Equipe de Débattons !) 27/10/2007 17:10

J'espère que vous avez tous beaucoup apprécié mon fabuleux jeu de mots...Et le preimier qui rigole pas, garre à lui !

Jacques Heurtault 27/10/2007 13:10

Aux Etats Unis, être "liberal", c'est être de gauche, être favorable aux libertés publiques, sans être favorable aux thèses économiques dirigistes ... Dans ce dernier cas, on parle des "radicals" ...A l'origie, le Parti démocrate a étéfondé sur des bases racistes, en opposition à l'abolition de l'esclavage voulue par Lincoln ... Depuis, les choses ont sensiblement changé.