Economie antique

Publié le par Buffalo (de l'Equipe de Débattons !) au nom d'Hesnoone

Dans le cadre de ses études, Hesnoone a été amené à réaliser une étude sur l'évolution de la pensée économique au cours des siècles.
Il a décidé d'en faire parteger nos visiteurs...
Ce soir, je vous propose donc en son nom  la première partie de son travail, à savoir "la pensée économique durant  l'Antiquité".




1. La pensée économique durant l’Antiquité

 

         La pensée économique en Asie (principalement en Inde et en Chine) est caractérisée par le lien d’interdépendance entre politique et économie, celle-ci n’étant jamais perçue comme une science autonome, mais comme un outil au service du politique, outil permettant à un État de satisfaire ses velléités d’expansion territoriales. En effet, il était pensé que celui qui disposait des plus importantes ressources avait le plus de chance d’emporter la victoire.

         Au contraire, les Grecs pensaient l’économie comme un moyen qu’avait l’individu de « bien vivre ».

         Si dans ces deux conceptions, dont la première sera malheureusement oubliée tandis que la seconde connaitra un important développement durant les siècles suivants, l’économie reste avant tout un outil, sa finalité diffère nettement.

 

a) La pensée économique en Chine

 

         Nous pouvons distinguer quatre principales écoles de pensées en Chine durant l’Antiquité : l’École de la Voie ou Tao-Kia, l’École des lettrés ou Jou Kia, l’École de Meh ou Meh Kia, l’École des légistes ou Sou Wei Fa Kia. Nous allons les définir successivement.

 

École de la Voie ou Tao-Kia

 

         Fondée par Lao Tseu au VIIème siècle avant notre ère, elle prône une attitude de repli, de retour à la nature. La liberté individuelle est un absolu et le Tao, la loi naturelle parfaite par essence, se doit d’être respectée par tous. Dans un tel contexte, un gouvernement est jugé inutile. L’économie est donc ici très fortement liée au spirituel.

 

École des lettrés ou Jou Kia

 

         Fondée par Confucius au VIème siècle avant notre ère, elle affirme la nécessité d’un gouvernement juste et droit, l’économie permettant à tous d’obtenir une satisfaction matérielle minimale. Les pouvoirs publics doivent ici contrôler la production, la distribution et le commerce. De plus, les prix doivent être surveillés afin de garantir à la fois la satisfaction du consommateur et le revenu des producteurs.

 

École de Meh ou Meh Kia

 

         Fondé par Meh-Ti au Vème avant notre ère principalement en réaction à l’école de Confucius. Elle affirme que le travail est un devoir sacré (l’économie est donc une fois de plus liée au spirituel), mais que le repos et le temps libre sont également nécessaires et qu’il faut assurer le minimum de biens matériels pour tous les hommes avant le superflu pour un seul. Les penseurs de cette école considéraient également que l’État devait peu dépenser, mais favoriser l’augmentation de la population, qui était supposée aller de pair avec l’augmentation de la production économique.

 

École des légistes ou Sou Wei Fa Kia

 

         Cette École de pensée s’épanouit durant les IVème et IIIème siècles avant notre ère. L’idée fondamentale de cette École est qu’un gouvernement par des lois est meilleur qu’un gouvernement par des hommes, d’où la nécessité de gouverner selon des lois écrites promulguées et applicables à tous. L’économie est désormais subordonnée au temporel et non plus au spirituel comme dans les précédentes Écoles. Les apports de cette École furent nombreux et d’importance non négligeables : furent étudiées la division du travail, la monnaie, la relation entre épargne et développement, l’interaction monnaie-prix.[1]

        

 

Comme on le voit, la pensée économique était fort développée en Chine, et si les études théoriques se basaient plus sur l’expérience que sur des modèles, la justesse de certaines observations est indéniable. On peut noter l’importance de l’École des légistes qui va non seulement détacher l’économie du spirituel, mais étudier précisément des mécanismes fondamentaux dans les théories économiques, tels la monnaie ou la relation entre épargne et développement.

Pour conclure sur ces Écoles de pensées, qui n’eurent pour ainsi dire pas de descendants, voici une citation de l’un des deux auteurs majeurs de l’École des légistes, citation étonnamment moderne :

« Les statistiques sont la méthode véritable des ministères et des gouvernements et l’essentiel d’un État »

Chang Trung Chou Le livre du prince Chang [2]

b) La pensée économique dans la Grèce Antique

 

Les « principaux » penseurs grecs à s’être penchés sur l’économie furent les philosophes « socratiques ». Xénophon, disciple de Socrate, fut le premier à consacrer à l’économie des travaux spéciaux et Aristote a montré l’importance des phénomènes économiques dans plusieurs de ses écrits.

L’économie était alors pensée comme dépendante de la « morale », vision que l’on retrouvera dans les pensées islamiques et chrétiennes. Tout comme en Chine, la principale source de production économique était la terre : pour Xénophon la richesse dépendait même entièrement de la prospérité du sol même si les Anciens reconnaissent l’importance du capital, bien qu’il soit considéré comme stérile.

Les apports des philosophes grecs ne peuvent se résumer à ces quelques lignes, tout comme ils ne peuvent se comprendre hors de leur contexte historique. C’est pourquoi nous présenterons dans un premier temps le contexte historique, puis la théorie sophiste avant de nous intéresser aux apports de Platon et d’Aristote.

 

De la monarchie à la guerre du Péloponnèse

 

Avant 680 av. J.C., le régime politique d'Athènes est une monarchie durant laquelle l'économie, qualifiée de naturelle, est très rudimentaire. En effet c'est une économie où il n'y a pas de monnaie, les échanges sont directement organisés en nature, de même que toute la production et la répartition des produits.

         Après 680 av J.C., la monarchie laisse place à un régime oligarchique dans lequel le pouvoir est détenu par neuf magistrats : c'est l'archontat. Toutefois ce système va disparaître au profit de la république (réforme de Solon en 594 av J.C. puis de Clisthène en 508 av J.C.).

                   À coté de cette évolution politique se trouve une évolution économique. En effet l'économie athénienne passe peu à peu d'une économie naturelle – où les échanges se font sans monnaie, simplement en brut – à une économie marchande (où la production est faite par de petit producteurs indépendants) durant l'Archontat et un capitalisme commercial « moderne » (où les échanges sont réalisés par des marchants recherchant le profit) sous la république, en particulier avec les réformes de Solon qui favorisent la propriété foncière. Cette évolution économique va induire une expansion commerciale rapide à travers toute la Grèce (importation de matières premières, en particulier les métaux, et exportation de produits manufacturés). Cette expansion va se poursuivre jusqu'en 431 av J.C. où Athènes va se heurter à la cité de Sparte lors de la guerre du Péloponnèse qui s'achève par la défaite d'Athènes. De cette défaite va résulter une crise politique, sociale et économique importante posant la question de la monétarisation, où non, de l'économie. Et c'est dans ce contexte que vont apparaître différentes les principales théories économiques de la Grèce antique.

 

La théorie sophiste

 

Les sophistes

          Ils étaient des professeurs voyageant de cité en cité dans le but d’enseigner l’art de parler en public et d’expliquer comment faire triompher une thèse quelconque lors d’un débat. Les sophistes enseignent donc moins une doctrine qu'une façon de s’exprimer et l’art de convaincre. Toutefois, ils considèrent que les lois sont un produit de l’homme et affirment que « l’homme est la mesure de toute chose ».

 

Le libéralisme avant l'heure

         Les sophistes, qui sont souvent des marchands, sont favorables à la libéralisation de l'économie et à l'introduction de monnaie. Ils proposent en particulier l'abolition de l'esclavage et la généralisation du travail salarié, ainsi que le développement du commerce extérieur. De plus, dans le contexte social de cette période, où la cité prime sur l'individu, ils réclament le renforcement des droits de l'individu au détriment du poids de la cité dans le but de favoriser le développement du capitalisme marchand. Toutefois ces conceptions modernes vont être combattues par l'ensemble des autres théoriciens, et en particulier par Socrate puis Platon, qui estiment qu'un tel système, favorisant  l'accumulation de richesses sous forme monétaire, est dangereux pour l'organisation sociale de la cité, d'une part, et pour le salut de l’âme, d' autre part.

 

La théorie de Platon

 

Platon, de son point de vue de philosophe (considérant l'immortalité de l'âme, il cherche avant tout à atteindre une cité vertueuse selon son point de vue), va lui proposer une solution totalement différente, que l'on peut appeler communisme platonicien. En effet il propose dans La République et les Lois un rejet de l'économie marchande et de la libéralisation défendue par les sophistes au profit d'un retour à une économie naturelle réglementée dans une logique réglementaire. Il propose en effet une utopie communiste avec la division de la cité en trois parties :

 

 

La division de la société pour Platon :

-      les soldats ;

Ils ne doivent rien posséder, ni habitation, ni métaux précieux, ni terre. Car des qu'ils posséderont une chose, ils deviendront « économes et laboureurs, et de défenseurs de la cité, ses tyrans et ses ennemis; haïssant et haïs, traquant et traqués, c'est ainsi qu'ils passeront toute leur vie ; ils redouteront davantage et plus souvent les ennemis du dedans que ceux du dehors, et ils courront alors au bord de l'abîme, eux et la cité ».

-      les magistrats ;

Ce sont eux qui dirigent la cité. Leur sélection n'est pas fondée sur la naissance mais sur leurs capacités, via des examens. Platon leur interdit la propriété, en particulier celle des métaux précieux, pour éviter que l'organisation de la cité se transforme en une oligarchie sous l'impulsion de magistrats « convertis » à l'économie marchande par ce qu'ils posséderaient ;

 

-      le reste de la cité.

   Il s’agit des artisans et des laboureurs qui produisent les ressources de la cité.

 

Il faut noter que Platon propose cette solution à la crise sans aucune analyse économique, contrairement aux sophistes. Sa vision est simplement fondée sur sa philosophie et sa volonté de garantir la justice dans la cité, ainsi que le « salut des âmes » des citoyens.

 

La théorie aristotélicienne

L'acceptation de la monnaie et du capitalisme marchand

 

         Contrairement à Platon, Aristote n'accepte pas le principe de l'immortalité de l'âme et va donc considérer la vie sur Terre seulement. Toutefois il va également promouvoir les « activités de vertu »  dans le but d'améliorer la vie sociale. Mais ces activités de la pensée (car c'est ce que sont les activités de vertu) nécessite la satisfaction des besoins du corps. Et c'est ainsi qu’Aristote aborde la question de la production, de la répartition et des échanges dans la cité. Il va accepter le capitalisme marchand, en le nuançant néanmoins au regard de ses excès (création d'inégalités). Cet accord avec une part des théories sophistes (nuancées tout de même) est lié à son opposition au communiste de Platon. Aristote considère en effet qu'une société de communauté de bien est source de conflit sociaux et défend donc la propriété privé; de plus, il constate que la monétarisation de l'économie est indispensable de part la complexité des échanges dans la cité et avec l'extérieur.

           Mais Aristote est totalement contre le travail salarié. Il considère en effet le travail manuel comme dégradant et seulement réservé aux esclaves. De plus, il est opposé aux monopoles commerciaux et à toutes les activités financières – en particulier la spéculation – qu'il considère comme totalement aberrantes. Aristote discute également l’idée du monopole, en citant Thalès de Millet qui, lors d'un long hiver, prévu à l’aide d’observation astronomique (?) une abondante récolte d olives. Il loua donc à bas prix tout les pressoirs à huile de Millet et quand la récolte des olives arriva, il les sous loua selon ses conditions et gagna une somme d’argent considérable du fait de son monopole. Aristote dit que ce procédé a une portée générale et vaut pour tous ceux capables de s’assurer un monopole.

         On note, de plus, qu’Aristote défend l’idée d’une séparation entre richesse et monnaie, comme le feront les économistes classiques plus tard.



[1] On se référera à l’ouvrage de J. WOLFF, Les pensées économiques, pour de plus amples détails.

[2] Extrait de l’ouvrage de J. WOLFF, Les pensées économiques

Publié dans Un peu d'Histoire...

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