Réagissez : Bali

Publié le par Buffalo (de l'Equipe de Débattons !)

A l'arraché. Pour sauver ce qui pouvait l'être? "Non, c'est vraiment un accord historique, confie Hilary Benn, le nouveau ministre de l'environnement britannique. Pour la première fois, 187 pays se sont mis d'accord sur l'idée, partagée par tous, de faire des efforts dans la lutte contre le réchauffement climat, un deal impossible encore il y a un an". Au 13e jour de joutes diplomatiques intenses, les participants au sommet de l'ONU ont accepté de lancer, dès mars prochain, les négociations pour conclure, d'ici 2009, un nouvel accord sur la lutte contre le réchauffement climatique, succèdant au Protocole de Kyoto de 1997. Et devant rentrer en application en 2013. "Les derniers miles" de ce plan de route "étaient terribles", souffle Benn. A l'arrivée, le compromis adopté ne fait aucune référence à des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre. La communauté internationale se contente de "reconnaître que des réductions sévères des émissions mondiales devront être conduites" et souligne "l'urgence" de lutter contre le changement climatique.

L'UE ne mange-t-elle pas son chapeau d'avoir abandonné en route, sous la pression américaine, l'un de ses objectifs principaux de négociation: demander aux pays développés de réduire leur gaz à effet de serre de 25 à 40% d'ici 2020? "Votre question est sans fondement, répond un négociateur portugais, qui emmenait la délégation européenne, à Libération. Une note renvoie aux déclarations du Giec, le groupe d'experts sur l'évolution du climat. A "un tableau où chaque pays peut opter le scénario qui lui convient, s'agace Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. La feuille de route dessinée à Bali prend le risque du + 3°C, du bouleversement irréversible des écosystèmes, de centaines de millions de réfugiés climatiques.» Les ONG regrettent aussi que la mouture finale ait même zappé "la nécessité de diviser par deux les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d'ici à 2050". Ou l'idée du «pic», le fait que les émissions doivent culminer d'ici 10 à 15 ans. "On a une coquille, reste à la remplir", selon Oxfam. "Malgré les tentatives de sabotage", l'après Kyoto "reste toujours à flot", relativise l'ONG Friends of the earth.

Les dernières heures ont été théâtrales. Ivo de Boer, le patron des négociations sur le climat de l'Onu, est d'abord sorti de la salle, au bord des larmes. Il venait d'être une nouvelle fois humilié par un délégué chinois, pour une question de procédure. L'Indonésie, hôte de la conférence, avait eu le tort de réunir une énième session plénière, alors qu'au même moment, de discussions parallèles se menaient en présence du ministre indonésien des Affaires étrangères... "Conspiration!", s'est insurgé le négociateur chinois. Avant de s'excuser, plus tard. Un jour après la date butoir, une nuit blanche de négociations furieuses, le sommet de Bali a multiplié les claquages de portes, les pressions en tout genre, et les interpellations peu diplomatiques. Ban Ki-moon, le secrétaire général, se disant "déçu", avait prévenu: "Aucune délégation ne peut avoir ce qu'elle veut, tous les pays ressortent forcément un peu dépité". Ajoutant que plus que jamais, la planète était à la "croisée des chemins", et qu'il ne fallait emprunter celui qui mène "à la trahison".

Accusés d'avoir en permanence tenter de saboter puis de torpiller le processus: les Etats-Unis. "Et le Canada, qui, s'il n'avait pas dormi dans le lit son grand frère américain, aurait permis un accord beaucoup plus tôt", s'exaspérait un négociateur belge. En séance pleinière, Paula Dobriansky, chef de la délégation américaine à Bali, a d'abord demandé aux pays en développement de s'engager pour des résultats plus tangibles, suscitant une bronca. Et des réponses cinglantes, rares à tel niveau diplomatique. "Si vous pouvez pas assumer de leadership, s'il vous plait, sortez", s'est exclamé le négociateur de Paouasie-Nouvelle Guinée, recueillant 20 secondes d'applaudissements nourris. "Arrêtez avec des batailles de légalisme sinon on perdra tous une bataille encore plus grande, où il n'y aura que des perdants", se lamentait un ministre... Etouffé par la pression internationale, dans un ultime revirement, Paula Dobriansky, soucieuse "d'ouverture", a finalement décider de "se rallier au consensus" sur l'accord final sur le climat.

"On ne s'est pas couché, on n'a pas été sous pression, confie pour à Libération John Kasner, un membre de la délégation américaine. On s'est efforcé depuis le début de trouver un accord. Depuis le début, on est ouvert. Depuis le début, on met de l'eau dans notre vin." Il en faudra encore pour la suite. Pour trouver un successeur au protocole de Kyoto, que seul les Etats-Unis n'ont pas ratifié, et qui contraint 36 pays industrialisés à réduire d'ici 2012 leurs émissions polluantes de 5% en moyenne par rapport aux niveaux de 1990...



Source :  http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/298200.FR.php

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Buffalo (de l'Equipe de Débattons !) 23/12/2007 15:08

Disons en fait que tut le monde est d'accord pour que... le voisin fasse d'efforts. ET comme vus le soulignez, cette conférence n'a pour résultat que d'attendre deux ans de plus, deux ans de plus ans mesures importantes à l'échelle de la planète.La question se pose réellement de savoir si faut vraiment attendre d'avoir un consensus mondial avant de réagir de manière forte et déterminée. Il faudrait installer une préférence écologique, de sorte que l'on achète aux pays qui font le plus d'efforts, tout en en faisant de notre côté, et ce sur tous les produits, à tous les niveaux

Aurélien Royer 22/12/2007 10:54

Et dre qu'il a fallu attendre cette réunion pour que le monde reconnaisse officiellement ce que les citoyens et spécialistes savent depuis des mois, voire des années ! Ils se sont mis d'accord pour en rediscuter d'ici deux ans: quel progrès ! A ce rythme-là, la planète a encore le temps de souffrir !L'un des gros problèmes de ce dossier est que l'opinion n'est pas assez alertée par les conséquences HUMAINES que le réchauffement climatique pourrait avoir. Les déplacements de millions de personnes, pauvres pour la plupart, la multiplication des phénomènes météorologiques graves. Heureusement, la planète est là pour nous rappeler, régulièrement, comme au Bangladesh dernièrement, que ce type de catastrophes devrait se multiplier, faute de quoi les médias en parleraient trop peu !Enfin, certains pays, Etats-Unis en tête, ont bien profité de cette réunion pour souligner à quel point ils y mettaient de la mauvaise volonté mais que, grands seigneurs, ils finissaient par se rallier à l'avis général... on a pu assister à une grand moment de cinéma, terriblement dramatique. Tout le monde finit par s'extasier alors que, concrètement, on a pas avancé d'un centimètre !!