Lettre ouverte aux bloqueurs des universités

Publié le par L'équipe de Débattons !

Avec certes un peu de retard sur l'actualité, nous avons reçu cette lettre :



Je suis étudiant en école de commerce, à HEC. Je n'ai donc pas
vraiment de raison d'être inquiet pour mon avenir mais c'est le fruit
de deux voire trois ans de travail acharné en prépa. Grâce à vous, je
me sens encore mieux et je voulais vous remercier.

Quand j'ai vu la première version de la loi de Valérie Pécresse, j'ai
cru un moment qu'on allait donner une chance à l'université et enfin
laisser toutes les énergies s'exprimer en dehors du carcan dirigiste
actuel. J'ai cru qu'en fin on allait mettre un terme au 60%
d'étudiants qui jamais n'obtiendront leur Deug en mettant enfin en
place la sélection à l'entrée. On allait enfin cesser d'empêcher les
étudiants les plus doués de travailler en remplissant des universités
sans moyens d'étudiants qui ne cherchaient qu'à avoir la carte
d'étudiant pour aller moins cher au cinéma. J'ai cru qu'enfin on
allait rapprocher les universités des entreprises pour que la méfiance
réciproque cesse, que les universités n'aient pas peur des entreprises
et préparent les étudiants à la vie professionnelle. J'ai cru qu'enfin
on allait augmenter les frais d'inscription pour donner à nos
universités les moyens de jouer dans la cour des grandes universités
et pour que chaque étudiant paye un peu plus pour un diplôme qui
allait lui rapporter cent fois plus

Que de menaces pour nous, étudiants en grande école somme toute bien
lotis et bien classés dans tous les classements internationaux. Les
étudiants sortant de la fac auraient pu avoir les mêmes armes que nous
pour se préparer au mieux à notre vie future. Car en grande école,
nous sommes autonomes, nous avons la sélection, nous sommes ouverts
sur les entreprises, qui financent une part de nos études tout en nous
offrant des débouchés. Et puis, qu'est ce que j'en ai à faire d'avoir
un amphi Coca-Cola si il est neuf? Je paye chaque année 8.000€ pour
mes études et j'ai pris un emprunt pour les financer. Comme tout le
monde je préfèrerai ne rien payer mais en même temps, cela n'a rien
d'anormal de payer pour le service que me rend la collectivité. Car si
ce n'est pas moi qui paye, c'est tout le monde, y compris la petite
ouvrière et le cheminot, le fonctionnaire et l'agriculteur, ma grand
mère et vos parents.

Heureusement, l'espoir est revenu face à ce danger que représentait
pour moi la loi Pécresse : grâce à l'action de courageux leaders comme
Bruno Julliard, les points les plus dangereux ont été enlevés de la
loi et je peux dormir tranquille : pas de sélection, frais
d'inscription maintenus à des niveaux ridiculement bas : les facs
continueront à être bondées et les étudiants à étudier dans des
conditions déplorables, avec moins de place à la Sorbonne qu'une poule
dans un élevage industriel!

Et que dire des nouveaux espoirs que nous apportent votre mouvement
actuel conduit par les Jeunesses Communistes Révolutionnaires et
l'Union des étudiants communistes? C'est la fête pour nous! Le timide
rapprochement avec les entreprises serait abandonné et les universités
encore plus marginalisées, tandis que les étudiants de la fac nous
feraient encore moins de concurrence. Je ne cache plus ma joie et
j'espère sincèrement que vous allez réussir dans votre combat contre
cette loi qui risquerait d'améliorer la situation de la fac.

De tout coeur, merci!



Et merci à son auteur pour son point de vue.

Publié dans Tribune libre

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Aurélien Royer 22/12/2007 10:40

Ce beau texte a deux grands mérites:- montrer à quel point certains syndicats étudiants et leaders étudiants pevent s'opposer par principe à toute proposition d'un gouvernement qui veut toucher à l'université. Qu'ils se le disent, avec les revendications qui sont les leurs, jamais un gouvernement ne proposera le projet parfait, qu'ils attendent !- montrer quels sont les points essentiels d'une réforme réussie de l'université. Moi aussi, je suis pour que des négociations soient ouvertes sur les frais d'inscription (ridiculement élevés pour les étudiants boursiers; et, pourquoi pas une semestrialisation de ces frais afin de faire payer plus chaque étudiant, mais en deux fois...?). D'autres discussions doivent être menées: le lien université-entreprise, la sélection à l'entrée (qui revient, aussi, à poser la question de la valeur du bac et, selon moi, du brevet des collèges !).Mais, il va encore falloir être (très) patients. Et, pour le moment, il est clair que ce n'est malheureusement pas du côté des socialistes que de nouvelles réponses pourraient être apportées.