Economie médiévale

Publié le par Buffalo (de l'Equipe de Débattons !) au nom des Hesnoone

Dans le cadre de ses études, Hesnoone a été amené à réaliser une étude sur l'Evolution de la pensée économique au cours des siècles.
Il a décidé d'en faire parteger nos visiteurs...
En ce lendemain de Noël, pour vous faire digérer, voici une présentation des pensées économiques au temps des chateaux forts... :



2. L’économie au Moyen Âge
 
Au Moyen Âge, l’économie n’est pas pensée en tant que telle. Mais, de nombreux hommes ont réfléchi sur l’économie, que ce soient des théologiens (il ne faut pas oublier l’omniprésence de l’Église), des philosophes (les textes d’Aristote sont redécouverts) ou des juristes (le droit tient une place de plus de plus importante). Nous allons tout d’abord rappeler la position tenue par l’Église durant le haut Moyen Âge, position explicité par Saint Augustin, avant de nous pencher sur l’apport de Saint Thomas d’Aquin à la pensée économique et le lien ambigu entre l’Église et l’économie.
 
a) Saint Augustin et la Cité de Dieu (426)
 
Le Vème siècle est marqué par la chute de l’Empire romain d’Occident et les grandes invasions barbares. On assiste alors à un recul très net de l’échange marchand et de l’activité économique et à un déclin des villes. Néanmoins, il ne faudrait pas se laisser à penser abusivement que le Moyen Âge a été une période de régression – ou de stagnation – intellectuelle.
Durant cette période, l’Église a une place centrale dans la société et influence très nettement tous les penseurs de l’époque (bien souvent des clercs). La doctrine prédominante est alors celle donnée par Saint Augustin dans son ouvrage La cité de Dieu. D’après lui, le monde terrestre est toujours condamné suite au péché originel. Il faut donc l’accepter tel qu’il est et ne pas chercher à savoir si cela est bien ou non. Cette théorie marque l’ « indifférence » de l’Église à l’égard des sciences sociales.
Mais, à partir du XIème siècle, on assiste à un véritable essor du commerce, de la finance (banquiers italiens), de la pensée (redécouverte des textes d’Aristote via la traduction d’Averroès) et des villes (Paris se développe et devient le centre culturel de l’Occident). L’importance croissante de l’économie va conduire l’Église à adopter une position « officielle » vis-à-vis de cette « science ».
 
b) Saint Thomas d’Aquin et La somme théologique (XIIIème siècle)
 
         Dans la Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin va chercher à définir les conditions économiques et sociales nécessaires pour que l’homme ait une vie vertueuse. Donc, ici encore, l’économie est soumise à la morale, chrétienne cette fois.
         Saint Thomas va donc accepter le principe de l’économie marchande (il devait bien se plier à la réalité !) mais va moraliser son fonctionnement en s’appuyant sur plusieurs thèses d’Aristote notamment.
         Par exemple, la propriété privée, plus efficace économiquement que la propriété collective, est un droit fondamental… à condition que le propriétaire soit généreux envers les pauvres, i.e. fasse preuve de charité.
Enfin, en ce qui concerne les prêts à intérêts, Saint Thomas les condamne, suivant en cela la position officielle de l’Église. Mais, il peut concevoir que l’on rende au prêteur la somme prêté plus un dédommagement (modéré) pour contrebalancé le préjudice subi par l’absence de cet argent. Cette tolérance peut s’expliquer de manière cynique par le besoin qu’avait l’Église de contracter souvent des prêts très importants…
         Quant au commerce et au profit qui en découle, cela est « chrétien » si le commerçant utilise ces profits pour nourrir sa famille et secourir les pauvres, i.e. faire preuve de charité. Il faut tout de même noter que les prix doivent être fixés de manière morale, le profit dégagé devant juste permettre d’effectuer les deux actions citées précédemment.
         
Comme on a pu s’en rendre compte, l’un des fondements de l’unité de la chrétienté est le concept de « charité ». La charité est « amour pur », inspiré par Dieu lorsqu’il livre son Fils à la mort pour le salut des hommes. La charité invite donc à donner de manière désintéressée, uniquement par amour de son prochain et de Dieu.
         Cette notion très importante a modelé l’économie de manière très importante. Par exemple, comme on l’a vu, le prêt doit être pensé comme un don gratuit, sans attendre de retour. Même s’il est suivi d’un don sensiblement augmenté dans la pratique.
         Plus encore, la chrétienté se constitue, via les dons, comme un système de circulation généralisé où chacun donne sans rien attendre en retour. Ce système est fondamentalement opposé aux règles de l’échange marchand.
         En effet, au Moyen Âge il n’est licite d’accumuler des biens matériels que s’ils sont destinés à entretenir ce circuit de circulation généralisée[1]: l’accumulation est donc soumise à la logique de l’échange. A l’opposé, dans un système capitaliste, l’essor des échanges conduit à l’accumulation des biens (au profit).
         Ceci explique en partie que tous les métiers d’argent aient été en grande partie l’apanage des juifs et des protestants.

 

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[1] On a de nombreux exemples de riches banquiers ou propriétaires terriens qui cèdent à leur mort tous leurs biens à l’Église. Ceci explique en grande partie la richesse de certains monastères ou abbayes français, notamment l’abbaye de Cluny. 

Publié dans Un peu d'Histoire...

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