Réagissez : la situation à Marseille

Publié le par Buffalo (de l'Equipe de Débattons !)

Paris, Lyon, Lille. Trois des quatre plus grandes villes de France sont pour l'instant dans le giron de la gauche. Reste Marseille, la méridionale, où Jean-Claude Gaudin règne depuis des années. Mais qui pourrait basculer à gauche. Le candidat socialiste, Jean-Noël Guérini, y croit plus jamais. Et l'agacement des Marseillais vis-à-vis du maire renforce ce sentiment.


Derrière les sourires, l'inquiétude. Sourde mais palpable. Une inquiétude alimentée par les derniers sondages qui circulent sous le manteau et ravivée par les affichettes placardées depuis jeudi sur tous les kiosques du centre-ville par l'hebdomadaire Le Point et sur lesquelles on peut lire, en grosses lettres: "Gaudin peut-il perdre Marseille ?" Cruel point d'interrogation. "C'est de la provocation", s'insurge Claude Bertrand. L'homme fort du dispositif Gaudin, de son bureau adjacent à celui du "patron", déroule avec autorité le bilan "incontestablement positif" du maire sortant qui, à 68 ans, brigue un troisième mandat à la tête de la deuxième ville de France: baisse du chômage (21,6% en 1995, 12,5% aujourd'hui), succès des deux zones franches, augmentation de la population (+50 000 en douze ans), rénovation des anciennes friches industrielles des quartiers nord, nouveau tramway... "En douze ans, nous avons sorti Marseille de la spirale du déclin", martèle-t-il en brandissant une enquête d'opinion qui atteste que 75% des Marseillais pensent que la cité phocéenne est "en expansion".

Un argument repris au mot près par Jean-Claude Gaudin qui, au même moment, lance officiellement sa campagne entouré de toute son équipe. Les candidats prêts à engager le fer dans les huit secteurs - deux arrondissements chacun - de la cité phocéenne sont là. Sagement, silencieusement, alignés sur l'estrade. Essentiellement des têtes connues et archiconnues de la population: les députés UMP Renaud Muselier, Guy Teissier, Roland Blum et Jean Roatta, "mousquetaires" infatigables. L'ancien sénateur Jacques Rocca-Serra, au titre du MoDem. Beaucoup d'hommes, il est vrai, secondés - parité oblige - par des femmes. Seule Valérie Boyer, qui a gagné, en juin dernier, la 8e circonscription face au socialiste Christophe Masse, est tête de liste dans le difficile 7e secteur, où règne sans partage la socialiste Sylvie Andrieux. Une surprise toutefois. La présence dans cet aréopage de droite de l'ancien député Philippe Sanmarco, figure incontestée du Defferrisme. C'est l'événement du jour. Jean-Claude Gaudin, qui se moque de l'étiquette "pagnolesque" dont on l'affuble à Paris, fait mine de minimiser l'affaire. "On n'a pas attendu Sarko pour pratiquer l'ouverture. Gaston déjà..." Le maire sortant n'insiste toutefois pas sur les années Defferre. Difficile de prétendre incarner le renouveau quand on aligne quarante-trois années de présence au conseil municipal de Marseille. Il se murmure toutefois que Sanmarco, qui fut longtemps secrétaire général de la Ville, pourrait décrocher, si Gaudin est réélu, le très convoité poste d'adjoint aux Finances.

Une perspective qui fait rire, sous cape, le camp d'en face et tout particulièrement Jean-Noël Guérini, président du puissant conseil général des Bouches-du-Rhône et candidat, pour la première fois, à la mairie de Marseille. Un Guérini entré en campagne depuis septembre dernier et dont la métamorphose frappe tous ceux qui travaillent avec lui. "Il est comme enhardi par sa propre audace", note le sociologue Jean Viard, enrôlé - en place éligible - dans cette campagne et visiblement heureux de l'être. "Au début, il n'y croyait pas. Maintenant, quand on lui dit que c'est jouable, il ne dément plus."

A Mennucci l'emphase, à Guérini le factuel

"C'est vrai. Nous sommes dans la ligne de flottaison", confirme Guérini qui, invité vendredi à un déjeuner de notables au très privé Club du Vieux-Port, se délecte visiblement de l'attention nouvelle que lui porte cette bourgeoisie marseillaise qui l'a si longtemps méprisé, lui, "le Petit Chose", "l'autodidacte". Le ralliement de l'ex-pasquaïen François Franceschi, ophtalmologiste réputé du 8e arrondissement, récemment décoré de la Légion d'honneur par Jean-Claude Gaudin, est d'ailleurs un signe. Mais, plus important en cette période de récession économique, Guérini, âgé de 57 ans - et entré dans la vie politique locale il y a trente ans -, a pour lui sa réputation de gestionnaire rigoureux à la tête d'une collectivité locale fort riche. Une réputation sur laquelle ce blairiste s'appuie pour dénoncer, sans relâche, "l'inconséquence financière" du clan Gaudin, la "dette colossale de la ville" - une ville dont 28% des habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté -, et les "incohérences d'investissement" du maire. Si besoin est, Patrick Mennucci, qui de son engagement l'année dernière aux côtés de Ségolène Royal a gardé le surnom de "Ségolin", fait caisse de résonance. Ce dont ce fort en gueule à la voix tonitruante, que Gaudin appelle "l'aboyeur", ne se prive d'ailleurs pas. A Mennucci (battu d'une courte tête aux législatives de juin dernier par Roatta) l'emphase, à Guérini le factuel. Une répartition des rôles qui convient parfaitement au président du conseil général dont les qualités de tribun ne sont pas encore très établies. "A Marseille, les piscines sont fermées l'été, mais on construit à grands frais une patinoire", dénonce ainsi Guérini devant un auditoire goguenard, qui redevient sérieux lorsqu'il se moque de ces élus "qui vivent aux frais de la ville et dont la cocarde est plus grosse que le pare-brise".

Car l'attaque fait mouche. Ils ont beau lui sourire et le saluer de la main lorsqu'ils le reconnaissent derrière les vitres de sa voiture, les Marseillais, méfiants de nature, ne se font pas prier pour dire qu'ils trouvent Gaudin "un peu trop à l'aise" dans un système "qu'il contrôle de A à Z". Certains se disent même agacés - ici, on dit "escagassés" - par son manque de présence sur le terrain. "On ne le voit plus dans les rues. Le pouvoir l'a éloigné de la réalité. Il ne nous connaît plus", disent-ils en grommelant. Iront-ils jusqu'à lui refuser ce troisième mandat auquel le sénateur-maire, qui brigue en sous-main la future présidence du Sénat, tient tant? Tout dépendra de deux secteurs sensibles. Le 1er, où se présentent Patrick Mennucci et Jean Roatta. Et le 3e, où s'affronteront justement... Jean-Noël Guérini, qui, depuis son opération à coeur ouvert, il y a un an, semble avoir toutes les audaces pour tenter de faire basculer à gauche "la seule ville populaire traditionnelle qu'elle peut remporter à la faveur de ces élections municipales" et... Renaud Muselier, 48 ans, le dauphin de Gaudin, à qui pourrait revenir, en cas de victoire, la présidence de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole. A défaut de la ville qu'il attend depuis des années...

Tout dépendra aussi du score que réaliseront les listes de l'ex-Vert devenu MoDem, Jean-Luc Bennhamias, qui espère bien obtenir a minima "un résultat à deux chiffres" et des listes du Front national que présentait lundi à Marseille son chef de file, Stéphane Ravier. Après avoir, des années durant, obtenu des scores importants dans la cité phocéenne, le mouvement d'extrême droite est aujourd'hui en forte perte de vitesse. Même si certains observateurs n'excluent pas quelques résurgences d'un passé pas si vieux.



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Buffalo (de l Equipe de Debattons !) 03/02/2008 13:24

C'est ce que je soupçonnais...

Aurélien Royer 03/02/2008 10:39

Oui, je voulais dire "Gaudin et Muselier", respectivement pour la présidence du Sénat et celle de la communauté d'agglomération...

Buffalo (de l Equipe de Debattons !) 03/02/2008 10:25

Erreur de frappe ?Vous écrivez "Mennucci et Muselier veulent des places... tandis qu'à gauche, on salue les qualités de gestionnaire d'un candidat" alors que Mennucci est au Parti Socialiste....A part ça, comme vous le soulignez, cet article présente un bilan pas si mauvais que cela de la gestion Gaudinienne. Aux électeurs marseillais, qui sont plus à même de juger, de trancher !

Aurélien Royer 02/02/2008 18:41

Je réagis, même si je ne connais qu'imparfaitement la situation de la ville de Marseille. Ainsi, je crois comprendre qu'à droite, ce sont plus les ambitions personnelles qui motivent les candidats: Mennucci et Muselier veulent des places... tandis qu'à gauche, on salue les qualités de gestionnaire d'un candidat qui pourrait pallier les insuffisances d'une gestion Gaudin qui semble globalement positive. Si les électeurs en ont marre de Gaudin (qui veut cumuler mairie et présidence du Sénat, en en laissant un peu pour ses dauphins "assoiffés"), et si les Marseillais veulent du changement, qu'ils le fassent... où l'on voit que des enjeux nationaux peuvent polluer (ou enrichir, ici) le débat local !