Réagissez : opinion difficile

Publié le par Buffalo (de l'Equipe de Débattons !)

En ce dimanche ensoleillé - en tout cas chez moi - un article du Monde qui raconte comment les chefs de Gouvernement européens  qui ont connu l'impopularité y ont fait face :



Il y a ceux qui gouvernent avec les sondages et ceux qui gouvernent contre, tablant sur les succès à terme de leurs politiques pour redorer leur blason. Alors que la cote de Nicolas Sarkozy est tombée au niveau de celle de Jacques Chirac après les grèves de 1995, l'expérience des dirigeants des grands pays européens ces dernières années montre qu'une chute de popularité n'a jamais empêché de faire des réformes. A condition qu'elle ne s'installe pas dans la durée, minant alors la capacité à mobiliser les soutiens nécessaires pour remonter la pente.

Dans son entretien au Monde, le 24 janvier, Jacques Attali plaidait pour savoir accepter l'impopularité. "Aujourd'hui, le président dispose d'une étroite fenêtre de tir. Entre avril 2008 et juin 2009, il n'y aura pas d'élection. C'est le seul moment où il peut agir, à condition d'avoir le courage d'être provisoirement impopulaire", disait-il.

Romano Prodi vient de faire l'expérience en Italie des limites de l'exercice. Il professore s'est montré imperméable aux sondages, contrairement à Silvio Berlusconi qui, avant lui, gouvernait quasi exclusivement en fonction de ceux-ci. En vingt mois de gouvernement, M. Prodi, qui s'était donné pour tâche de redresser les finances italiennes, avec le soutien de Bruxelles, a battu tous les records d'impopularité. Fin 2007, la cote de son gouvernement était tombé à un niveau inédit de 28 % de bonnes opinions.

Ce ne sont pourtant pas les vents contraires de l'opinion qui ont ralenti les réformes promises. Entre-temps d'ailleurs, le centre-gauche a sauvé les dégâts lors d'élections régionales partielles en juin, en gagnant trois régions contre cinq à l'opposition. Mais avant de pouvoir tirer les bénéfices d'un éventuel redressement, le président du Conseil s'est heurté aux inquiétudes de petites formations de sa propre majorité. Sa chute définitive est due au choix personnel d'un allié centriste. L'instauration d'un pacs à l'italienne est le seul projet sur lequel Romano Prodi a dû reculer sous pression de la rue, nonobstant quelques retouches aux décrets de libéralisation après des manifestations de chauffeurs de taxi.

OMNIPOTENCE DES MÉDIAS

Tony Blair, en Grande-Bretagne, n'a jamais cessé de soigner sa popularité. Mais, affaibli par la guerre en Irak et des services publics défaillants, il a vu son taux d'approbation tomber à 33 % lors de son départ en juin 2007. Sept mois après lui avoir succédé, Gordon Brown n'est crédité, lui, que de 31 % d'opinions favorables. Pour continuer d'exister, il lui est essentiel de s'assurer du soutien du gouvernement et du parti ainsi que de la neutralité des médias. Comme Margaret Thatcher l'a appris à ses dépens en 1990, perdre la confiance des membres du cabinet signe l'arrêt de mort d'un premier ministre. Au Parlement, le Prime Minister peut compter sur les "whips" (littéralement les fouets) -, le ministre et les secrétaires d'Etat chargés de faire régner la discipline au sein du groupe parlementaire. Ces derniers disposent d'une influence décisive comme on l'a vu lors des votes serrés sur l'Irak ou la réforme des services publics : sanctions pouvant aller jusqu'à la désélection, promotions passant par l'octroi de temps de parole lors de la séance hebdomadaire des questions ou participation aux commissions les plus influentes.

Au royaume de la presse tabloïd, il faut aussi savoir gérer l'omnipotence des médias. Les "spin doctors", ces fameux directeurs de la communication, sont là pour distiller la bonne parole aux journalistes. Sur les grands dossiers, l'Irak, la lutte contre le terrorisme, l'Ulster ou l'Afrique, Tony Blair comme Gordon Brown ont mis en sourdine des projets de contrôle des médias afin de s'assurer du soutien des propriétaires de journaux, en particulier Rupert Murdoch, qui contrôle à lui seul 40 % du tirage de la presse quotidienne britannique.

Les Allemands, si l'on en croit les sondages, savent gré à la chancelière Angela Merkel de gérer avec fermeté, mais sans éclats, les réformes entamées par son prédécesseur, le social-démocrate Gerhard Schröder. Celui-ci a passé son temps à se couper de sa base électorale et à tenter de la reconquérir, au moment des élections, par sa capacité à galvaniser ses troupes. Il ne se laissait pas troubler par une chute de popularité. "Il restait assez sûr de lui, ce qui n'est pas courant dans le monde politique allemand", souligne Manfred Güllner, directeur de l'institut de sondages Forsa et ancien conseiller du chancelier. M. Schröder croyait en son étoile. "Les mauvais sondages ne duraient généralement pas très longtemps et sa popularité était toujours meilleure que celle de son parti", résume M. Güllner.

Après sa réélection sur le fil en 2002, le chancelier lance l'agenda 2010, un vaste programme de réformes sociales impopulaires. "Il a forcé son parti jusqu'à ce que cela ne soit plus possible", explique M. Güllner. Lors des élections anticipées qu'il provoque en 2005 pour percer l'abcès, il réussit encore une remontée spectaculaire qui ne sera pas suffisante mais forcera Mme Merkel a composé avec le SPD au sein d'un gouvernement de grande coalition.



Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/02/01/comment-les-dirigeants-europeens-gerent-l-impopularite_1006262_823448.html

Publié dans Politique politicienne

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Buffalo (de l Equipe de Debattons !) 04/02/2008 16:39

Le cumul député maire me parait acceptable. Autant il faudrait poser des limites pour éviter un trop grand "foutage de gueule", autant l'association de ces deux fonctions m'apparaisse plus complémentaire que néfaste.Il est vrai que les sondages dirige trop actuellement nos dirigeants (notamment les deux finalistes de la présidentielle qui en sont friands, quoiqu'en dise depuis Mme Royal). Ce phénomène me semble partagé par les autres grndes démocraties. Il faudra sans doute du temps avant de ce débarasser de ce défaut, qui ne fera que se renforcer avec l'avènement d'internet et de la simultanéité action/parole---réaction de l'opinion

Aurélien Royer 03/02/2008 14:46

Sur l'article en lui-même, il me vient deux réflexions:- globalement, il est difficile de gouverner sans jeter un oeil aux sondages, ne serait-ce que pour avoir une idée de la popularité d'une réforme... popularité qui répond à la question de savoir si l'opinion la considère urgente et décisive;- en revanche, il n'est pas forcément bon de ne gouverner qu'avec les sondages, comme le disait ce midi même, dans Dimanche + (sur Canal + avec Laurence Ferrari), Tony Blair. Dans le cas de Sarko: certes, l'étalage de sa vie privée y est pour beaucoup dans sa chute dans les sondages, mais les Français se lassent peut-être d'un président qui s'affiche sur tous les fronts, en réagissant à tout ce qui fait l'actualité.A mon avis, tout est dans le style et non dans la volonté de réforme, qui habite presque tous les courants politiques, de droite comme de gauche, en Europe. Et l'exemple français est, sur ce point, instructif !

Aurélien Royer 03/02/2008 14:40

Pour ce qui est des référendums, j'ai la même inquiétude que vous: avoir plus souvent recours à ce type de consultation permettrait de dénationaliser les scrutins intermédiaires (régionales, cantonales, municipales) et de faire comprendre aux Français qu'on est prêt à les consulter plus souvent à condition qu'ils se prononcent sur le sujet du scrutin... sinon, il suffit de mettre fin à des consultations régulières. Je suis par ailleurs d'accord avec vous pour faciliter les référendums locaux dans la mesure où ils répondraient à la même préoccupation.D'accord avec le fait qu'un citoyen peut profiter des permanences pour rencontrer son député, ou qu'il peut lui écrire. Le fait que je critique ici, c'est que nombre des députés doivent gérer leur présence à Paris et la direction d'une ville... un député à plein temps serait sans doute plus disponible pour assurer des réunions publiques de vraie discussion (et pas seulement des permanences où chacun vient exposer son problème) ou encore pour organiser via le net des tchats réguliers (ex: le maire de Lyon, Gérard Collomb, assure une heure tchat par semaine depuis le début de la campagne élecorale pour les municipales !). Avec ce genre d'outils, les citoyens comprennent bien qu'il ne s'agit pas d'exposer une situation particulière mais de réfléchir à l'intérêt général.

Buffalo (de l Equipe de Debattons !) 03/02/2008 13:37

1er point : strictement rien à redire2nd point : là, j'ai un débat interne ; d'un côté, j'aimerais que le peuple soit consulté le plus souvent possible afin de prendre les décisions que les français veulent vraiment. Cependant, j'ai toujours la même inquiétude de la non-réponse à la question.En fait, je serai plutôt favorable à une augmentation des referendums locaux, ou à initiative populaire (mais il faut alors discuter des critères bien entendu).3ème point : le citoyen peut actuellement déjà rencontré ou écrire à son député. Qu'entendez-vous par "consulter" ?

Aurélien Royer 03/02/2008 11:00

Avant de lire l'article, d'après son titre et le chapeau d'introduction, je me disais que tout gouvernement devrait mener les réformes qu'il a promise en faisant confiance au peuple:- bien expliquer aux Français les enjeux des réformes et, pour cela, communiquer par le biais des médias (des ministres qui accordent des interviews, un président qui donnent des conférences de presse régulières sur un seul sujet);- préférer la consultation directe, par le biais de référendums plus réguliers (pour éviter de faire des scrutins intermédiaires des tests pour le gouvernement et pour éviter des expressions du genre "une fenêtre de tir", en gros, où il est tranquille...), que les sondages;- organiser une démocratie participative: les citoyens seraient consultés par des députés à plein temps qui reviendraient dans lerus circonscriptions pour dialoguer avec celles et ceux qui leur ont fait confiance.J'aimerais, avant de poster tout nouveau commentaire que m'inspire votre article, que vous réagissiez à celui-là !