Réagissez : un bilan de Marianne

Publié le par Buffalo (de l'Equipe de Débattons !)

Ce week-end, je vous propose la lecture d'un article de Marianne2.fr :




Avant Nicolas Sarkozy, le libéralisme était une promesse. Au café du commerce français, il était devenu un «yaka» depuis ces fameuses années 1980 qui ont tant fait pour la «rééducation politique» d'un vieux pays «drogué» à la puissance publique. Il suffisait, disait-on entre deux kirs, de libéraliser, de dégraisser la fonction publique, de faire jouer la concurrence toujours et partout pour que surgisse le meilleur des mondes.
Avec Sarkozy, beaucoup de Français, et pas seulement les plus riches, ont cru que ce meilleur des mondes-là allait survenir ici et maintenant. Le nouveau Président allait libérer la société française, ses énergies, sa créativité, et un nouveau monde allait surgir. L'intérêt individuel, une fois actionné, allait retomber en pluie bienfaisante et trébuchante sur des millions de pauvres qui allaient s'enrichir. Le libéralisme deviendrait ainsi l'avenir de l'homme, le garant d'une nouvelle solidarité. Car, comme le marxisme, le libéralisme était un humanisme. Voilà pour la promesse.

Yaka libéraliser ? Pas si facile....
Depuis un an, cette promesse, comme naguère le socialisme de nos anciens, se heurte au réel. Et la chute est terrible. Si terrible que la doctrine, qui avait tant de mal à percer en France, ne s'en relèvera peut-être pas.
Dans chaque domaine, le choix «libéral» - qui est en réalité surtout inégalitaire - laisse apparaître un revers, un «effet pervers» insoupçonné par la théorie. Sur le papier, les grandes villes manquent de taxis et libéraliser les conditions d'accès à la profession permettait de régler la question : ne suffit-il pas de lever la main à New Delhi ou à New York pour voir un véhicule stopper à un mètre de vous ? Oui, mais si on libéralise, la valeur des licences s'effondre et ruine des milliers de propriétaires du parchemin. Il faut donc la racheter ou compenser la différence de valeur entre la licence au moment de l'achat et au moment de la vente. Le coût en est exorbitant et personne ne l'avait anticipé. Gueule de bois libérale. Exit la réforme….
Prenons maintenant le cas de la retraite. Sur le papier, l'idée d'indexer la durée de la carrière sur celle de l'existence est parfaitement logique. Va donc pour les 40 ans de cotisation afin de gagner sa retraite. Va donc pour les 41 ans. Et même, pourquoi pas, pour les 42 ans. Mais dans la réalité, si les ayant droit ne parviennent pas à travailler plus de 35 ou 36 ans, la réforme signifie d'abord qu'ils ne bénéficieront pas d'une retraite digne de ce nom et devront donc prendre des petits jobs, au black de préférence, pour compléter. L'équité revendiquée pour la réforme se révèle donc une véritable imposture : aux babyboomers un dernier rebond professionnel ou une retraite confortable, et aux prolos la galère du minimum vieillesse et des petits boulots de survie. C'est sans doute pour éviter ce résultat que Nicolas Sarkozy va proposer aujourd'hui dans le Gard un nouveau dispositif en faveur de l'emploi des «seniors». Mais quelle efficacité en attendre dès lors que le gouvernement a très vite battu en retraite devant le Medef après l'annonce, lors de la dernière intervention télévisée du Président, de sanctions contre les entreprises qui ne gardent pas leurs anciens ?

Vers la création d'une catégorie de «Sans collège» ?
Troisième exemple, la carte scolaire. Dans l'idéal, rien de mieux pour réguler la qualité de l'enseignement : les parents, instruits des performances de tel collège ou de tel lycée, choisissent de le fuir ou au contraire de le plébisciter et le bon travail des équipes enseignantes s'en trouvera ainsi récompensé. Mais si ce système, ce qui est heureusement le cas, n'est pas appliqué jusqu'au bout, c'est-à-dire si l'on ne ferme pas les établissements rejetés par les parents pour laisser la place à de nouvelles créations, que se passe-t-il ? C'est très simple : des milliers de parents se ruent sur les mêmes établissements, et donnent naissance, comme l'annonçait lundi 5 mai Europe 1, à une génération de «sans collège» ou de «sans lycée», qui ne manqueront pas d'occuper les rectorats, les églises, les mairies et les bourses du travail.
Justement, dernier exemple du libéralisme déceptif, les immigrés. Le gouvernement décide de donner la priorité à l'immigration de travail. Mais qui, sinon les chefs d'entreprise, peut déterminer les besoins en main-d'oeuvre ? Voilà comment, à l'insu de la «galerie» législative que l'on a amusée avec la «maîtrise de l'immigration», le bulletin de paye devient une carte de séjour, ainsi que le président a refusé de l'entendre de la bouche de Yves Calvi, lors de sa dernière intervention télévisuelle.

Voilà donc un beau sujet de méditation commun à Henri Guaino, Emmanuelle Mignon et Claude Guéant, et à tous leurs amis: la promesse du printemps libéral qu'a voulu incarner le président se heurte, un an après, à l'entrée des chars de la réalité dans la capitale. Que restera-t-il de tout cela après leur passage? En tout cas, un électorat amoindri : c'est plutôt la perte d'influence dans son propre camp qui a affaibli le Président.






Notes et sources :

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Aurélien Royer 31/05/2008 19:13

Je partage la conclusion de cet article: Sarko doit son affaiblissement à la perte de confiance d'une partie de ses propres troupes, qui osent marquer leur désapprobation vis-à-vis de certaines des réformes miracles que le gouvernement met en place.Pour ce qui est du libéralisme, je suis plus que jamais convaincu qu'il faut distinguer le pur libéralisme (qui ne rejette pas l'Etat comme régulateur du marché et garant de la justice sociale) de l'ultra-libéralisme qui privilégie le marché et l'argent sur le bien-être des habitants et qui, par conséquent, creuse les inégalités entre citoyens d'un même pays et entre les Etats du monde. Ce libéralisme qui n'a d'yeux que pour les preneurs de risque du CAC40 est, heureusement, en train de sombrer... reste à savoir qui aura le courage, en France et ailleurs, de proposer un nouveau modèle. Le PS, via sa rénovation? je le souhaite.