Libéralisme en France ?!

Publié le par L'Equipe de Débattons !

Pour la première fois depuis un moment, je me connecte sur internet et vais lire le journal (Le Figaro pour être précis). Là, un titre m'interpelle : "Le credo libéral de Delanoë trouble le PS". JE ne vais pas me pencher sur le fait que Delanoë, comme tous les hauts placés du PS, pense plus à 2012 qu'à faire une opposition constructive, mais juste sur ces mots : "Le credo libéral de Delanoë". (1)

Première interrogation : un socialiste peut il parler de libéralisme ?

Enfin, à part pour dire qu'il faut lui "faire peur", à part pour dire qu'il faut taxer encore et toujours plus - de préférence les infâmes patrons, ceux qui égorgent les petites filles et se transforment en loup garous la nuit tombée !, à part pour dire qu'il s'agit là de la racine de tous les maux du monde moderne (il est même responsable du paludisme, je vous jure !)....
Ce serait bien qu'ils le puissent (notez que j'en suis toujors sur le titre, je n'ai pas lu l'article), et qu'il y ait un peu moins de propagande sur ce sujet. Mais, est-ce possible ? En effet...

Deuxième question : cela a-t-il un sens de parler de libéralisme en France ?

Il faut savoir qu'au sens large, le libéralisme prône une société fondée sur la liberté d'expression des individus, le respect du droit et le libre échange des idées. Elle doit joindre d'une part économiquement l'initiative privée et son corollaire l'économie de marché, d'autre part politiquement un pouvoir limité, par la loi et les contre-pouvoirs, idéalement à ses fonctions régaliennes au maximum, élu par le peuple et responsable devant lui, transparent et soumis à une constitution garantissant les droits des minorités. (2)

Donc, cela a-t-il un sens de parler de libéralisme dans un pays où l'Etat est le premier employeur (près d'en employé sur 3 travaillait en 2001 pour un service public, cf (3)) ?

Cela a-t-il un sens de parler de libéralisme dans un pays où les dépenses des aministrations publiques représentent plus de 52% du PIB en 2007  ? (4)

Cela a-t-il un sens de parler de libéralisme dans un pays où l'imposition représente plus de 44 % du PIB ? (5)

Cela a-t-il un sens de parler de libéralisme dans un pays où il existe des lois disant comment s'habiller, comment manger (ou ne pas manger), comment penser ?

 Vous pensez que j'exagère ?!

Deux exemples au hasard :
 Une loi du 26 Brumaire an IX de la République, jamais modifiée, dispose que toute femme désirant porter un pantalon doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l’autorisation, et celle ci ne peut être donnée qu’au vu d’un certificat d’un officier de santé.
Jamais modernisée ? Je suis mauvaise langue. Nos élites ont compris qu'il y avait un problème et deux circulaires de 1892 et 1909 autorisent le port féminin du pantalon à vélo puis à cheval...
 La loi reconnaissant le génocide arménien : Messieurs les historiens, bientôt on vous dira ce que vous devez trouver ! (6)

Quelques faits pour terminer :
- "Nul n'est sensé ignorer la loi" (ie vous ne pourrez jamais dire à un juge : "je ne savais pas que c'était contraire à la loi")
- plus de 10 500 lois
- plus de 120 000 décrets
- 7 400 traités (hiérarchiquement supérieurs aux lois nationales, même, surtout, s'il y'a contradiction)
- 17 000 textes communautaires (idem)
- 62 codes plusieurs centaines voire milliers de pages. (7)


Et pour finir, des leaders politiques qui n'ont toujours pas compris que nous ne pouvions vivre en autarcie et que l'économie de marché, corollaire du libéralisme, était une réalité, des leaders politique qui bien souvent ne savent même pas ce que ce mot signifie (ou qui ne veulent pas le savoir) et qui s'en servent comme épouvantail, excuse facile : ce n'est pas la faute de notre politique, c'est la faute du libéralisme...

Alors, à votre avis, cela a-t-il un sens de parler de libéralisme en France ?


Hesnoone



(1) http://www.lefigaro.fr/politique/2008/05/24/01002-20080524ARTFIG00086-le-credo-liberal-de-delanoe-trouble-le-ps-.php

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_lib%C3%A9rale

(3) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/france_829/decouvrir-france_4177/france-a-z_2259/economie_2624/economie-francaise-quelques-elements-structure_6021.html

(4) http://www.insee.fr/fr/indicateur/cnat_annu/base_2000/cnat_annu_2000.htm
     On apprend ici que les dépenses des administrations publiques sont de 991,0 mi:liards d'euros et que le PIB est de 1892,2 milliards, d'où le pourcentage donné.

(5) Source : cours de fiscalité dispensé par un Inspecteur Général des Impôts (eh oui, écouter en cours peut servir !)


(6) Notez que je ne contexte pas le fond, il y'a bien eu un génocide arménien, mais la forme : ce n'est en aucun cas aux députés, qui bien souvent n'ont aucune connaissance en la matière, de décider de ce que doit trouver un historien. A mon avis, cela est un précédent dangereux.

(7) Chiffres extraits de "Ubu loi" (dépôt légal : avril 2008)

Publié dans Réagissez !

Commenter cet article

Hesnoone 07/06/2008 09:34

Dire que les Etats Unis sont ultra libéraux est peut être un peu trop. Mais ce n'ets pas sur cela que je souhaitais réagir.""la force publique comme régulateur du marché" signifie d'abord que
l'Etat fixe les règles, veille à leur respect et prenne des sanctions
en conséquence"Là, nous sommes d'accord, et pour moi ces manoeuvres sont "non invasives" : il ne s'agit que de faire respecter le droit. Et une économie libérale ne peut exister sans un droit stable.Par contre, je n'approuve guère les nationalisations, au vu des conséquences - du moins en France -. Et, pour moi, un service public n'est aps seulement une compagnie (mal) gérée par l'Etat, mais surtout un service TOUT LE TEMPS ouvert au public, un service au service du public. Pas au service de ses employés...Contrairement à certains politiques qui n'ont que de belles idées, les acteurs du privé pourraient aussi apporter un minimum de pragmatisme (en général...), denrée qui fait cruellement défaut à nos services publics. Même s'il y a eu une très légère amélioration cs derniers temps.

Aurélien Royer 06/06/2008 21:23

Dans mon esprit, "la force publique comme régulateur du marché" signifie d'abord que l'Etat fixe les règles, veille à leur respect et prenne des sanctions en conséquence. Ce qui est une forme d'interventionnisme... il n'y a pas de raison pour que l'Etat accorde des baisses d'impôt ou des exonérations de cotisations sociales sans disposer de ces possibilités, en retour.Pour ce qui est des nationalisations, même le pays de l'ultralibéralisme que sont les Etats-Unis les pratiquent de manière cachée et presque honteuse. Quand la Réserve fédérale prête de l'argent à une banque pour qu'elle rachète une de ses concurrentes, victime de la crise des subprimes, c'est une intervention directe mais déguisée de l'Etat dans l'économie. Et personne ne semble choqué !L'interventionnisme de l'Etat devrait permettre de mieux définir ce qu'est un service public: une entreprise publique, détenue à plus de la moitié par l'Etat actionnaire, mais dans le capital de laquelle les acteurs privés ne doivent pas être bannis. A condition qu'ils n'aient pas possibilité de guider les décisions de gestion de ladite entreprise.

Hesnoone 03/06/2008 21:59

Le courage politique est malheureusement une denrée fort rare (disparue ?) de nos jours...En ce qui concerne le libéralisme :"Etat et libéralisme peuvent aller de paire" Je suis entièrement d'accord, j'irai même jusqu'à dire que le libéralisme ne peut exister sans l'Etat.MAIS"la force publique comme régulateur du marché"Bof. Je suis plutôt pour un Etat assurant les fonctions régaliennes (justice, défense, police), pas pour un Commissariat au Plan. Si par régulation du marché on entend "fixer les règles du jeu", nous sommes en très grande partie d'accord.Mais si la "régulation" implique une intervention active via nationalisations et autres manoeuvres "invasives" - pour emprunter un terme chirurgical -  je le suis a priori beaucoup moins

Aurélien Royer 31/05/2008 19:33

En tant qu'historien, je réagis d'abord à ta phrase sur la reconnaissance du génocide arménien: il s'agit d'une déclaration officielle de l'Etat qui ne peut s'empêcher de réaliser ce fameux devoir de mémoire, qui fait que nous nous tournons davantage vers le passé que vers l'avenir... mais il est vrai qu'il existe, à intervalles réguliers, des menaces pour freiner le travail des historiens, qui ne cherchent qu'à établir la vérité des faits... une vérité qui ne fait pas toujours plaisir à entendre ! A eux d'être méfiant et de prendre à témoin l'opinion dès que ce genre de dérives menace leur travail !Sur le reste de l'article, je ferais trois remarques:- il est intéressant d'évoquer la place de l'Etat dans l'économie: personnellement, je considère que le "vrai" libéralisme doit laisser sa place à la force publique comme régulateur du marché et garant de la cohésion d'une société à laquelle il doit la justice et l'équité. Etat et libéralisme peuvent aller de paire;- en ce qui concerne le rapport des socialistes au libéralisme, soyons clair: le positionnement de Delanoë est stratégique et c'est peut-être un bon coup à jouer. Faire comprendre aux Français que les socialistes acceptent la mondialisation mais qu'ils veulent en réduire les conséquences désastreuses sur les sociétés et le développement dans le monde est une chose nécessaire;- enfin, pour ce qui est de l'inflation législative en France, c'est un drame. Et malheureusement ceux qui promettent, dans les deux camps, d'y remédier ne font qu'accentuer le problème une fois au pouvoir... les gens ayant l'impression que ce sont les lois qui résolvent les problèmes. Si c'était le cas, on s'en serait rendu compte ! Mais, là encore, il faut un certain courage politique.

Jacques Heurtault 24/05/2008 12:35

Je n'ai pas vérifié vos affirmations mais je suis enclin à les croire sans discuter! Moi même, je dénonce les invraissemblables abus de l'Etat. je trouve très drôle cette loi de Brumaire qui interdit aux femmes de porter le pantalon! Notre pays est, en effet profondément perdu dans ... les brumes! C'est vraiment incroyable ...Connaissez vous le texte de l'article Premier de notre Code Civil actuellment en vigueur? Il y est question de myriamètres ... et de roi! Si, si, je vous jure que c'est vrai!