Avenir, PS, rigueur et fuite
[...] le premier secrétaire veut croire que les socialistes se sont remis au travail, avec la ferme intention de mener à bien le « changement », terme qu'il préfère à celui de « rénovation », et renouer avec la victoire. Et d'abord, le « changement d'état d'esprit » auquel il a appelé militants et dirigeants socialistes, engagés dans « une longue marche ». (1)
La marche sera longue, c'est certain. Quant à la pertinence historique du choix de ces termes, qui m'ont fait sourire je l'admets, laissons-la de côté et intéressons nous une fois encore à ce Congrès de La Rochelle.
Nous avons déjà vu comment le PS pensait la modernité, voyons comment il pense l'avenir, cet avenir qui porte la "victoire".
Tout d'abord, sachez que les socialistes sont
repartis avec l'idée que l'on peut effectivement envisager un avenir », estime-t-elle [Mme Bertinotti]. Mais pour elle, c'est Royal qui porte le mieux cet avenir. D'ailleurs, fait valoir Bertinotti, « nombre de débats portent aujourd'hui sur des thèmes qu'elle a soulevés pendant sa campagne et qui ont alors déclenché des cris d'orfraie », comme les 35 heures, les retraites, la nation. (2)
Il est évident que Sainte Marie-Ségolène Royal a soulevé tous ces thèmes, et encore plus qu'elle a été la seule. Souvenez vous :
1. Il a fallu attendre la fin des élections pour apprendre qu'elle avait vendu aux électeurs un projet auquel elle ne croyait pas, la généralisation des 35 heures alors que Nicolas Sarkozy s'y opposait farouchement depuis fort longtemps
2. Elle souhaitait financer les retraites par un "fond de pension". Ca a l'odeur du fond de capitalisation diabolisé par nos amis de gauche, cela en a le goût, mais non, ce n'est pas la même chose. Quant au thème lui même, le candidat Sarkozy l'avait repris depuis un certain temps...(3)
3. La plupart d'entre nous ont appris qu'ils n'aimaient pas la France : ils n'ont en effet pas de drapeau tricolore à leur fenêtre. Honte sur eux ! Et dire que l'on a reproché au leader de l'UMP de chasser sur les terres du FN... Je n'ose imaginer les clameurs bien pensantes qui se seraient élevée si un autre candidat que Mme Royal avait dit ceci...
Mais, la position de Mme Royal, et celle de ses sympathisants a évolué. En effet :
Bartolone met en garde contre une remise en cause des 35 heures, que conteste Royal et que Hollande juge irréaliste de rétablir. « Ce n'est pas en donnant le sentiment que tout ce qu'on a fait a été une erreur, que l'on donnera envie de croire à nouveau à un projet du PS », dit-il. « Il faut s'adapter à la nouvelle donne, aux temps nouveaux. Sans se renier et sans se transformer en gardiens du temple », ajoute-t-il. (4)
En clair : nous ne toucherons pas aux trente cinq heures, même si nous savons pertinemment que ce fut une erreur.
Nous voilà rassuré, le PS voit l'avenir comme il voit le passé : à travers le prisme de son idéologie. Et sans proposer de "rupture" ou même d'évolution notable alors même que la droite affirme sa volonté de changement avec l'acceptation d'anciens ténors de la Gauche dans ses équipes, avec la réations de nombreuses commissions, etc.
Est-ce si simple ? Nuançons un tout petit peu avant de terminer.
En effet, évolution notable, la gauche a enfin renoncé au "Grand soir". Et la droite à la rigueur...
La chose s'est faite simultanément. L'écho n'a pas été le même : le Grand Soir a été enterré à la sauvette, la rigueur à la une.
Pourtant, le Grand Soir avait de l'usage, il était même ce que la gauche avait de plus efficace, une menace obscure, une promesse de sang. En 1981 encore, il précédait les lendemains qui chantent. [...]
La rigueur, c'était pour après. La droite l'avait promise, c'était même son seul argument ; une fois de plus, on faisait appel à elle pour réparer les pots cassés. Le visage grave, la mine soucieuse, elle dénonçait la gabegie de ses adversaires mais acceptait courageusement de régler la note. Il suffisait de lui rendre le pouvoir imprudemment confié aux baratineurs d'en face. Telle était la vie politique. C'était fini. (5)
Pourquoi ? Comme nous l'avons vu récemment,
La rigueur ? Imprononçable. Parce que la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, a expliqué, dimanche, qu'un « plan de rigueur » s'appliquera à la fonction publique, que l'on sait pléthorique, le secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant, le premier ministre, François Fillon, le ministre du Budget, Éric Woerth, le secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian, se sont succédé pour démentir l'aveu naïf.
[...]
Nicolas Sarkozy, pareillement, s'est gardé de dire le mot, mardi, parlant de l'École. Pourtant, il aurait été adéquat : aucune entreprise ne survivrait à tant de faillites cumulées. Selon le Haut Conseil de l'éducation, 40 % des élèves du primaire - soit 300 000 personnes - sortent, chaque année, en échec lourd ou en grande difficulté. Le HCE dit aussi, plus bas, que la plupart de ces enfants sont issus des « minorités visibles ». (6)
Oui, alors même que plus que jamais la rigueur devient nécessaire, celui des deux candidats qui offrait le plus de changements semble reculer, reculer au plus mauvais moment.
Mais toutes ces commissions, me direz vous ? Tous ces travaux demandés sur tous les thèmes - ou presque - qui inquiètent les Français ?
A ceci, je répondrai en reprenant les mots du grand Georges Clemenceau :
« Quand je veux enterrer un problème, je crée une commission »
Hesnoone
(1) http://www.lefigaro.fr/politique/20070904.FIG000000213_les_socialistes_cherchent_a_attenuer_leurs_querelles.html
(2) Idem
(3) http://www.lefigaro.fr/election-presidentielle-2007/20070323.FIG000000218_segolene_royal_veut_assurer_le_financement_des_retraites_grace_a_un_fonds_de_pension_collectif.html
(4) cf (1)
(5) http://www.lefigaro.fr/debats/20070906.FIG000000050_naissance_de_l_opposition.html
(6) http://www.lefigaro.fr/debats/20070907.FIG000000101__propos_d_un_gros_mot.html
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