Sa plus belle histoire, c'est nous !
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undi 24 décembre au soir. Déballage des cadeaux… Oh, merci maman, un bon d’achat pour l’acquisition d’un livre… Quelques jours plus tard, je me rends au centre commercial le plus proche pour acheter ce livre dont je me réserverai la lecture pour mon (long) voyage en train, synonyme de rentrée (j’y ai presque cru sur le coup, que je ne le lirai pas avant d’avoir mis les pieds dans le T.G.V.). Alors, quel policier prendre ? Tiens, le livre de Mme Royal ! Bôarf, est-ce vraiment un cadeau de Noël ? Et puis après tout, oui : il devrait m’offrir le plaisir inestimable de critiquer…
Conseils à la lecture de Ma plus belle histoire, c’est vous :
Autant le dire tout de suite, ce n’est pas de la grande littérature. J’irai même jusqu’à dire qu’on pourrait croire en la lisant l’entendre parler. Mais en toute objectivité, pour un livre de ce genre, d’analyse et de récapitulatif d’une campagne électorale par l’un de ses principaux protagonistes, nul besoin d’écrire à la Hugo.
Je lui reconnais pas mal d’humour, qui agrémente son récit.
Plus embêtant, le mouchoir en tissu n’est pas fourni avec l’ouvrage ! Ainsi, à vous de vous débrouillez pour sécher les multiples larmes qui ne manqueront pas de monter à la lecture des trop nombreux passages qui feraient taire de manière définitive Cosette.
Il y a combien de telles allusions ? Une vingtaine, une trentaine ? (Relevé non exhaustif, je suis sur que vous comprenez pourquoi : « violence » des règlements de compte, « torrent de jugements hostiles », « salve de coups […] blessant », page 13, « mais à cette dernière [la condescendance dans le regard de ses interlocuteurs] je suis tellement habituée que j’en suis venue à la pardonner spontanément », page 35, « amortir les chocs. Et quels chocs ! », page 36, « extrême solitude, jeu cruel », page 40, « brutalité des attaques – particulièrement de la part du PS », page 116…
De même les allusions à sa féminitude. J’estime toujours pour ma part que lorsque l’on se présente à la présidence de la République, on ne se présente pas en tant qu’homme ou en tant que femme, mais en tant que responsable politique désirant faire avancer la France. Tout est ramené ici à une guerre des sexes.
Ainsi, on trouve : « L’ancien Premier ministre [M. Rocard qui lui demande de se retirer de la campagne] aurait-il la même incroyable démarche face à un candidat homme ? », page 38, les « téléobjectifs » des photographes, objets « phalliques », page 44. Et je n’évoque pas la troisième partie intitulée L’autre moitié du ciel : candidate mais femme longue de 36 pages ! Puis de nouveau, au début de la partie suivante…
Sur le contenu du livre :
Dans une première partie, elle parle principalement de sa campagne, de ses relations avec les socialistes, la presse, les citoyens…
Il y a des passages qui m’ont fait presque littéralement hurlé. Je passe à la trappe les passages dont nous avons tous été abreuvés à la télé, l’entrevue avec M. Rocard, le rendez-vous manqué avec M. Bayrou (quoique j’y reviendrai sans doute, mais pas pour parler de ce rendez-vous proprement dit).
- Ainsi celui-ci (page 27/28) « Les classes moyennes françaises, celles qui travaillent dur et qui peinent, n’ont-elles pas intérêt à la réussite des jeunes de quartier ? Oui, évidemment. Mais sans doute était-il trop tôt dans l’histoire de France pour opérer cette convergence ». Comprenez, ceux qui ont voté pour « le candidat de la droite », ces français moyens, se moquent des habitants des banlieues. La proximité de Mme Royal avec les banlieues « a fait un peur à un électorat auquel [elle] n’a pas eu le temps de s’adresser ». Hum hum, tout s’explique, sa défaite est dû aux froussards, pour ne pas dire aux racistes.
- Elle se plaint de l’attitude des socialistes, celle du Parti, celle de DSK et de Fabius (l’amertume des éléphants, page 41), mais jamais elle ne s’inquiète des raisons qui ont amené à ce soutien de façade (en encore) de leur part. Certes, dans tous les cas, ils n’auraient sans doute jamais été des modèles d’enthousiasme, mais elle ne leur a même pas parlé le jour de son investiture, elle s’est jouée d’eux en les appelant pour former une équipe, équipe qu’elle n’a jamais réuni !
- Elle revient sur ses bourdes, ou sur ses supposées bourdes selon elle. Enfin pas sur toutes : pas un mot sur la question de la Turquie dans l’UE, pas un mot non plus sur ses propos au sujet de la Corse (elle revient juste sur la question du Québec) qu’elle a tenu en pensant parler au Premier ministre canadien. Passons ! Concernant le Hezbollah, elle « ajoute que je continuerai à dialoguer avec tous ceux, parlementaires et autorités, qui sont démocratiquement élus », page 77. Pourtant, lorsque je l’ai vu passer chez Ruquier dans On n’est pas couché, pour la promotion de ce livre, elle a critiqué M. Sarkozy car il rencontrait Kadhafi et Bush. Je ne savais pas que Bush avait été élu de manière antidémocratique !
Elle est par contre assez convaincante lorsqu’elle montre que la presse est nettement plus indulgente avec les erreurs du candidat Sarkozy (La paille et la poutre, Sur la politique étrangère : deux poids, deux mesures).
Mensonge cependant en ce qui concerne la bourde sur les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, où elle annonce « ils sont 4 et non pas 7 comme je l’ai dit », page 95, sauf qu’elle oublie de préciser qu’elle avait auparavant proposé la réponse « un seul », qui démontre tout de même un certain manque de logique, vu que le principe de base de la défense française est la dissuasion nucléaire, principe qui impose d’avoir toujours au moins un appareil opérationnel, ce qui est bien évidemment impossible si la flotte s’élève justement à… un !
- Niveau autocritique, l’ensemble est un peu lâche… Le PS, l’agenda, les médias, trop souvent perfides, les sondages, Jospin… tout est bon pour expliquer sa défaite. Mais elle, elle n’y est pour rien !
Au contraire, elle fut même par le passé « trop visionnaire », « anticipatrice », page 112, et maintenant son projet est parfois « trop audacieux, trop libre », page 122 !
- Elle n’hésite pas, elle qui tant de fois, a souffert d’une vision machiste des hommes politiques, à assimiler les réticences de M. Bayrou à la recevoir à une « [crainte] de la panne » sexuelle, page 115. Qu’aurait-elle dit, si la situation avait-été inversée, si M. Bayrou avait évoqué une migraine salvatrice ?
Dans une seconde partie, elle se concentre sur la campagne de son principal adversaire, M. Sarkozy.
- Elle commence sans le dire à insinuer l’idée que l’effraction de son domicile, sous un procédé « mafieux », page 138, ne lui serait pas étrangère. Elle ne le dit pas cash, mais en lisant entre les lignes, c’est sincèrement ce que j’y ai compris.
- Elle ne critique pas les amitiés de M. Sarkozy avec nombre de grands patrons français, mais lui reproche son indiscrétion, au contraire de M. Mitterrand et de M. Chirac qui accueillait respectivement Jean Riboud ou François Pinault, mais le « soir », page 166. Cela est discutable : ne vaut-il pas mieux au contraire connaître les amitiés d’un chef d’état avec un grand patron, afin de mieux contrôler d’éventuels cadeaux mutuels, plutôt que ces amitiés existent tout de même, mais soit cachées derrière un écran de fumée ?
- Les sondages sont condamnés à mort ! Et dire que 100 pages plus tôt elle critiquait sa propre mise à mort venant de certains socialistes ! Cela est d’autant plus étonnant que le phénomène Royal, qui a aboutit à sa candidature était avant tout le fruit de sondages qui la donnaient meilleure candidate du PS, gagnante face à Sarkozy…
- Ainsi, M. Sarkozy domine tous ou presque tous les médias, à le contrôle des instituts de sondages, dirige les enquêtes des Renseignements Généraux à son encontre, tente tout pour empêcher le débat Royal/Bayrou… Ne manquent que les preuves !
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