Réagissez ! La Russie vote...

Publié le par Buffalo (de l'Equipe de Débattons !)

Le monde nous offre en ce jour de vote une interview d'une analyste politique russe, Mme Lilia Chevtsora :


Pourquoi Vladimir Poutine, qui a placé partout ses anciens camarades du KGB (police politique et services secrets soviétiques), a-t-il choisi pour lui succéder Dmitri Medvedev, non issu de la structure ?

Vladimir Poutine a été plus intelligent que cela. Il ne les a pas placés partout, et c'est pour cela qu'il a duré. Dès le début, il a donné des postes aux personnes qui avaient étudié et travaillé avec lui. C'est ce que font la plupart des dirigeants occidentaux. Suivant la voie de son prédécesseur Boris Eltsine, il a tissé sa toile avec divers clans, celui des anciens du KGB - qui se battent comme des hyènes -, celui des pragmatiques - auquel appartient Dmitri Medvedev, le petit juriste tranquille -, celui des libéraux technocrates. Lui règne en arbitre, gère les bagarres entre ces clans, à propos de leur influence, autour du partage des avoirs. Les représentants de ces groupes ont tant été pris par leurs haines réciproques qu'aucun clan n'a pu monopoliser le pouvoir.

Mais pourquoi a-t-il choisi Dmitri Medvedev pour successeur ?

A l'évidence, Vladimir Poutine n'a pas choisi quelqu'un de puissant, d'indépendant, plein d'influence et d'ambition, avec des clans derrière lui. Un tel prétendant n'aurait pas été commode. Son choix s'est porté sur un homme facile, dénué d'ambition, loyal, sans soutiens. Dmitri Medvedev se distingue de Poutine en deux choses. A l'évidence, il n'est pas lié à la structure FSB (ex-KGB), et puis il semble plus intellectuel, mieux éduqué, plus doux. Pour Poutine, Medvedev est ce jeune compagnon qu'il connaît depuis près de vingt ans et qui ne l'a jamais trahi. Il est le plus adapté au modèle de pouvoir qu'il veut créer, celui du tango argentin : Poutine mène la danse, Medvedev se laisse conduire.

Ce n'est pas la première fois dans l'histoire russe qu'un dirigeant est choisi pour sa faiblesse, son caractère supposé malléable ?

C'est une constante. En 1964, ceux qui ont porté au pouvoir Leonid Brejnev (premier secrétaire du Parti communiste de l'URSS jusqu'à sa mort en 1982) pensaient que son rôle serait transitoire, son influence minime. Nikita Khrouchtchev (premier secrétaire du parti de 1953 à 1964) a été choisi parce qu'il était vu comme un être à l'intelligence limitée, il a trompé son monde. Staline (au pouvoir de 1922 à 1953) était perçu au départ par ses pairs comme un homme sans ambition et, pour finir, il les a tous exterminés. Et Vladimir Poutine ? Il a été choisi par l'entourage de Boris Eltsine, prompt à voir en lui un être loyal, susceptible d'être manipulé. Quelle méprise ! Ils se sont tous trompés, au premier chef l'oligarque Boris Berezovski, le Machiavel russe. Lui et les autres, Tatiana Diatchenko (la fille de Boris Eltsine), Roman Abramovitch (un des hommes d'affaires les plus riches de Russie), Vladimir Goussinski (oligarque disgracié, réfugié en Israël) étaient loin de penser qu'une fois élu, Vladimir Poutine allait faire sienne la loi du Kremlin, celle qui consiste à se débarrasser des personnes qui vous ont hissé au sommet. Il ne lui a pas fallu longtemps. Quelques mois après l'élection, à l'été 2000, il a contraint à l'exil Boris Berezovski et Vladimir Goussinski. La même chose peut se reproduire aujourd'hui. En Russie, tout le pouvoir est entre les mains du président, comme le veut la Constitution.

Ce processus de succession n'est donc pas sans risques pour Vladimir Poutine ?

Il veut se jouer du destin, de l'histoire, des traditions. Jusque-là, personne n'y est parvenu. Le tandem va fonctionner comme cela : Poutine reste au pouvoir, assume le gros de la charge au poste de premier ministre et laisse à Dmitri Medvedev le soin d'appliquer l'ordre du jour qu'il a choisi. Il l'a expliqué à deux reprises, devant le Conseil d'Etat le 8 février, puis à l'occasion de sa dernière conférence de presse le 14. Il va façonner un pouvoir avec deux pôles, le Kremlin ne sera plus qu'un décor symbolique, le vrai centre de décision sera entre les mains du premier ministre. L'idée est audacieuse et paradoxale. En quelque sorte, le président sortant s'apprête à scier la branche sur laquelle il est assis. En présentant son successeur comme son petit frère, placé là pour appliquer sa stratégie, il fait éclater la verticale du pouvoir, anéantit la toute-puissance de la fonction présidentielle.

Comment qualifierez-vous l'époque que traverse actuellement la Russie ?

C'est l'époque du faux. Nous sommes dans l'imitation de la démocratie, l'imitation des élections. En façade, nous avons en Russie les mêmes institutions que les vôtres en France ou aux Etats-Unis, mais à l'intérieur, c'est le vide. L'imitation est devenue le principe fondateur de l'Etat russe, de l'élite, de la société. Or l'imitation de la démocratie est bien plus dangereuse que l'autoritarisme ou le communisme. Pourquoi ? Parce qu'elle discrédite la démocratie. La population regarde ces partis politiques russes cyniques et corruptibles, ce Parlement aux ordres et se dit qu'elle ne veut pas de multipartisme parce que rien de bon n'en sortira.

Pour les démocrates, ce faux-semblant rend encore plus difficile l'accès à la liberté, au pluralisme. Voilà la tragédie russe. En 2004, Vladimir Poutine s'est fait élire avec le slogan : "La liberté pour chacun, la liberté pour tous". Aujourd'hui Dmitri Medvedev nous dit que "la liberté vaut mieux que l'absence de liberté". Il parle le langage favori des Occidentaux mais ça ne veut pas dire que nous le comprenons comme vous le comprenez. En son temps, le général Potemkine, l'amant de la grande Catherine (l'impératrice Catherine II de Russie), avait construit des villages de carton-pâte, tout en façade, le long du trajet de sa maîtresse. Derrière la façade, c'était le vide. Aujourd'hui encore, la tradition du décor Potemkine est restée vivace.




Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/01/les-faux-semblants-du-pouvoir-russe_1017712_3214.html#ens_id=998560

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B
Oui, après, il s'agit de savoit où placer le curseur.Toi au moins, tu maintiens tes positions sur ce sujet ! Bizarre qu'en l'espace de qques mois, le PS qui a si ouvertement condamné les félicitations de sarko à poutine, n'ont rien dit cette fois-ci.Peut être juste parce que cela arait moins pris, vu que beaucoup de pays ont également adressé les leurs !Quant à l'ONU...
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A
CERTES:- on se prive de marché. Mais, comme tu le dis, ce n'est pas catastrophique... en fait, cela dépend pour qui ! sarko en fait une priorité!- isoler un dictateur n'est pas le meilleur moyen d'aider le peuple qui en est la VICTIME... mais donner trop de légitimité sur la scène internationale n'est pas franchement la meilleure des solutions !Je ne sais pas ce qu'il faut faire: je n'ai pas de solution... et, pourtant, je m'interroge ! La priorité doit être donnée aux hommes, femmes et enfants qui subissent ces régimes les laissant dans une misère qui est le pendant d'un faste et d'un luxe de cour, qui caractérisent l'entourage de ces dictateurs. Une ONU plus forte pourrait-elle apporter une réponse? Le pacifiste que je suis, et optimiste que je suis de moins en moins, l'espère.... mais je ne me fais plus guère d'illusions. Surtout depuis le 6 mai 2007 !
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B
Tout àfait, la Russie ne respecte pas les principes démocratiques. Encore une fois, je le regrette.La féliciter est sans doute superflu, voire une erreur. Mais ne traiter qu'avec les pays qui respecteraient les principes démocratiques, au mieux nous nous priverions de marchés, ce qui n'est pas encore catastrophique, au pire, nous retarderions l'arrivée dans ces pays de véritables démocraties.J'ai l'impression en effet, mais ce n'est qu'une impression, que la démocratie ne peut s'instaurer que de l'intérieur, mais qu'isoler un pays est le meilleur moyen pour que le dictateur reste en place longtemps.
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A
Un pays qui compte, qui a sa place sur la scène internationale... mais qui n'a pas à sa tête un président élu démocratiquement ! Comme la Libye, ou nombre d'autres Etats africains avec lesquels la France parle argent avant de parler libertés publiques, droit des minorités, égalité des droits... c'est déplorable !PS. que les autres dirigeants du monde aient la même attitude n'est pas pour me rassurer.
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B
- Comme vous, je regrette ce que vous avez développé dans ce premeir point.- 0 la lecture de site d'infos, j'ai l'impression qu'une bonne part des chefs d'états de monde démocatique ont adressé leurs féliciations à Medvedev : "La chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique Gordon Brown, le président français Nicolas Sarkozy comme le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ont salué l'arrivée d'un nouveau locataire au Kremlin après des années de relations souvent tendues avec Vladimir Poutine.A Washington, la Maison Blanche a affirmé la volonté du président George W. Bush de travailler avec Dmitri Medvedev, qui doit prendre ses fonctions le 7 mai, en invoquant "l'intérêt mutuel" des deux pays à une telle coopération."(http://fr.news.yahoo.com/afp/20080303/twl-russie-presidentielle-d9fddae_4.html)Donc il ne s'agit sans doute pas de jalousie ou de bétise du président français, mais seulement de volontés des capitales occidentales de ne pas se facher avec la Russie, pays qui (re)compte de plus en plus dans le monde
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