Afghanistan et motion de censure
Hier, le Premier ministre, à la tribune de l'Assemblé nationale a rappelé la volonté du Gouvernement et du Chef de l'Etat, qui est aussi Chef des Armées, d'augmenter le contingent français en Afghanistan. M. Fillon a parlé de « quelques centaines » de militaires supplémentaires, en plus des effectifs déjà présents.
«Quatorze de nos soldats sont tombés en Afghanistan depuis décembre 2001, a rappelé l'hôte de Matignon. Tombés pour une certaine idée de la dignité humaine à laquelle le peuple afghan aspire. Tombés pour qu'il n'y ait plus de 11 Septembre.»
«Nous nous plaçons entre les Pays-Bas et la Pologne, a argumenté Fillon. La Grande-Bretagne a déployé près de 8 600 hommes, l'Allemagne près de 3 500, l'Italie plus de 2 400.»
M. Fillon, Premier ministre (1)
«Le choix de Nicolas Sarkozy d'annoncer l'envoi de renforts français en Afghanistan à l'occasion d'un discours prononcé à Londres devant le Parlement britannique est un affront sans précédent pour notre Assemblée»
«Cet enlisement dans un conflit sans but et sans fin. La décision du président Sarkozy exposera inutilement la vie de nos soldats»
M. Ayrault, Président du groupe socialiste à l'Assemblée (1)
Le PS a par suite déposé une motion de censure à l'encontre du Gouvernement, qui, sauf surprise, ne devrait pas aboutir à la démission de ce dernier.
Plusieurs choses sont à analyser dans ce dossier :
1/ La forme de l'annonce de ces renforts
Je pense comme beaucoup que c'était une erreur symbolique importante de réserver la primeur de cette annonce aux parlementaires britanniques. Pour le moment, bien sûr, le Chef de l'Etat n'a pas besoin de l'autorisation du Parlement pour décider de l'envoi de troupes. Néanmoins, ce sont des soldats français, représentants le peuple de France et sa République qui vont être envoyés en Afghanistan, et il parait logique que le Parlement français soit le premier informé de la décision présidentielle.
D'autre part, avec la réforme des institutions voulue par l'exécutif, cette situation iconoclaste (le Parlement n'a pas son mot à dire sur l'usage de nos forces armées) devrait changer, puisqu'il ne pourra plus y avoir d'opérations extérieures dépassant six mois sans l'aval de ce dernier. Mais la gauche, plutôt que de se satisfaire et d'applaudir à deux mains de telles avancées, préfèrent ne retenir que des détails (possibilité offerte au Chef de l'Etat de s'exprimer devant l'Assemblée, ce qu'il n'aurait pas pu faire pour annoncer ce déploiement, d'ailleurs) et s'y opposer, du moins pour le moment.
2/ L'opération en Afghanistan
Alors comme ça, on expose à la mort nos soldats « pour rien », dixit M. Ayrault ! Au diable l'OTAN (2), au diable nos alliés. Peu importe si la situation n'est pas stabilisée, et loin de l'être, quittons ce pays et laissons le se démerder. L'envoi de troupes en Afghanistan s'est fait en 2001, dans un contexte que nous connaissons tous. Je ne me souviens pas d'une quelconque opposition de ce déploiement au sein de la majorité de l'époque... le PS. L'OTAN a réussi à reprendre le pouvoir aux Talibans, pour parler vite, mais ceux-ci n'ont pas abandonné le combat, l'Afghanistan n'est pas encore un pays totalement libre. Il est du devoir des puissances qui y ont envoyé des hommes, France incluse, de ne se retirer que lorsque le pouvoir sera effectivement rendu aux Afghans, et que leur sécurité sera assurée par le pouvoir légitimement élu afghan.
D'ici là, s'il y a besoin de renforts, il faut y aller ; sinon à quoi bon y aller en 2001, si c'est pour ne pas assumer, et ainsi aggraver la situation ?
3/ Politique extérieure française
Je ne l'ai pas rappelé des les citations publiées plus haut, mais M. Ayrault a exprimé l'idée selon laquelle la France, sous Sarkozy, tend à se mettre d'elle-même sous les ordres de Bush. Il parle d' « alignement stratégique global ».
Nous ne sommes pas rendus à combattre aux côtés des Américains en Irak il me semble ! Je ne suis pas un fervent admirateur de la politique extérieure actuelle des Américains, mais je pense que plus de soldats Français en Afghanistan sert les intérêts du peuple afghan. Alors au nom d'un anti-américanisme primaire, on ne devrait pas le faire ! Ce n'est pas sérieux !
Je m'attends, mais il y a toujours un espoir, que tôt ou tard le PS « tape » sur la volonté présidentielle de faire reprendre à la France « toute sa place » (3) dans l'OTAN. Pourtant, je crois que la meilleure façon de peser sur les décisions de cette organisation, est justement d'en faire pleinement partie. Quoi de mieux qu'un réel pouvoir de décision, que des postes de haut commandement pour faire évoluer l'OTAN, plutôt que de juste subir les décisions américaines ?
Notes :
(2)
«Dès le 12 septembre, l’OTAN déclara officiellement que les attentats étaient une attaque contre les dix-neuf pays de l'alliance. C’était la première fois que cette organisation invoquait ainsi la clause de solidarité de l’article 5 du Traité de l'Atlantique Nord. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_contre_le_terrorisme