Syndicats et retraites

Publié le par Hesnoone (de l'Equipe de Débattons !)

Je voulais parler de l’affaire du sous préfet limogé mais une fois de plus j’arrive après la bataille.


J’ai un instant pensé, en réaction au court article sur les statuts du PS, parler de la formation du nouveau parti anticapitaliste cher à Besancenot – je me demande d’ailleurs si ses électeurs savent vraiment ce qu’est le capitalisme... – mais il vaut mieux attendre que les choses bougent, le projet baignant dans le flou artistique (ou pas).


J’ai envisagé l’écriture d’un article sur les subprimes, mais tout a été dit ou presque, et vous en avez sans doute marre d’en entendre parler.


Je commençais à me dire que ma connexion temporaire n’allait servir à rien lorsque je suis tombé sur cet article (1) du Figaro : Retraites : la CFDT boude l'intersyndicale aujourd'hui

Les syndicats et les retraites : deux valeurs sûres. Pourquoi n’y avais je pensé plus tôt ?

Qu’apprend-on dans cet article ?

Bernard Thibault a […] rappelé à plusieurs reprises samedi que les syndicats avaient prévu de se retrouver ce matin. Or la CFDT ne devrait pas s'y rendre. 


 Première surprise : les syndicats ne font pas front commun contre cet odieux gouvernement (odieux car de droite), ultralibéral qui plus est (la définition française de « libéralisme » est unique en ce monde et englobe tout ce qui ne prône pas le collectivisme).


Mais bon, jusque là pas de quoi fouetter un chat : après tout la CFDT avait approuvé la régime de 2003 sur les retraites. Par contre, je dois avouer que je n’en crois pas mes yeux ébahis lorsque je lis la suite : enfin un syndicat fait preuve de bon sens, réalisme et pragmatisme !

Voyez plutôt :

 
« Nous assumons de A à Z la réforme de 2003, martèle Jean-Louis Malys, le secrétaire national de la CFDT en charge des retraites. C'est-à-dire que nous assumons pleinement les mesures d'harmonisation entre le public et le privé, les carrières longues et l'amélioration du minimum de pension.» […]

 «Qui peut dire aujourd'hui que dans quelques années la durée de cotisation ne sera pas réévaluée ? interroge un cadre de la CFDT. C'est à chaque génération, en fonction du contexte, de déterminer cette durée. Il ne faut pas injurier l'avenir.» 

La meilleure preuve en est qu'aujourd'hui, à la différence de 2003, «plus aucun syndicat, notamment FO et la CGT, ne demande que l'on revienne à trente-sept ans et demi, observe Jean-Louis Malys. Ce serait la faillite du système. Alors qu'ils nous avaient taxés de traîtrise en acceptant le passage à quarante et un ans !» 


Et aujourd’hui il est évident que le système tel qu’il avait été défendu par la CGT en 2003 est voué à la faillite. Il est évident qu’il faut rénover complètement le système, la fameuse réforme de 2003 n’étant que le strict minimum complètement insuffisant.
Ceci dit, à chaque fois que l’on parle de réformer le système, on peut assister à une succession de grèves, notamment dans la SNCF, et de sondages défavorables. Il est en effet tellement facile de faire croire tout et n’importe quoi à l’opinion quant au fonctionnement de notre système de retraite que nos politiciens ne s’en privent point (bien que je pense que les agents de la fonction publique ou soi-disant assurant un service public savent à mon avis très bien pourquoi ils refusent toute réforme).

Je vous propose donc un très rapide et superficiel aperçu du fonctionnement du régime de retraite (je peux écrire quelque chose de bien plus complet mais cela risque d’être long, fastidieux et désagréable à lire – un peu comme les extrait de mon exposé que Buffalo vous inflige sans vergogne à chaque fois qu’il est à court d’inspiration :D)

Je ne vais parler ici que du régime général de retraite, i.e. celui concernant les « des salariés de l'industrie, du commerce et des services ». De plus, cela évitera de stigmatiser une certaine partie de la population ayant un système de retraite différent, par exemple les employés d’une certaine société de transport française (que je ne nommerai pas, tout au plus dirais-je que son sigle est composé de 4 lettres) qui peuvent avoir une retraite à taux plein avec 25 ans de cotisation.

Premièrement, on distingue deux catégories parmi les personnes relevant du régime général de la Sécurité sociale :

-    les ouvriers, employés et agents de maîtrise de l'industrie, du commerce et des services ;

-    les cadres de l'industrie, du commerce et des services.

Si ces deux catégories relèvent bien du régime général de la Sécurité sociale (CNAV) pour leur retraite de base, mais les premier relèvent du régime ARRCO pour leur retraite complémentaire alors que les second relèvent du régime ARRCO et AGIRC pour leur retraite complémentaire.

 

 

Si l’on illustre par un schéma (pas très joli mais je n’ai que paint) on a ceci :

 

Le principe est très simple : vous cotisez à ces différentes caisses qui vous reversent votre retraite et votre complémentaire (resp. CNAV et ARRCO et éventuellement AGIRC)


Première chose à savoir : pour aujourd’hui avoir sa retraite à taux plein, il faut avoir cotisé 160 trimestres soit 40 années pleines, durée qui passera à 41 ans en 2012 (un trimestre supplémentaire par an à partir de 2009).


Que payez-vous ? 

Les cotisations sont séparées en deux parties : les cotisations patronales (ce que votre employeur verse directement aux organismes sociaux) et les cotisations salariales (ce que vous voyez apparaitre sur votre bulletin de paie). En 2007, ces cotisations sont de :


Part salariale :

6,65% sur le salaire limité au plafond de la Sécurité sociale (2).

0,1% sur la totalité du salaire.

Part patronale :

8,3% sur le salaire limité au plafond de la Sécurité sociale.

1,6% sur la totalité du salaire.


Donné abruptement comme cela, c’est un peu barbare. Illustrons par un exemple.

Prenons un salarié gagnant 3000 € bruts par mois (et contrairement à Mme Royal je vous suggère de bien faire la différence entre brut et net) et calculons ses cotisations :


0,1% * 3000 = 3€
6,65 % * maximum(salaire, plafond sécurité sociale) = 6,65%*2773 = 184,4 €
Total mensuel : 187,4 €

A cela il faut rajouter les cotisations patronales (qui ne sont pas déduites du brut mais versées en plus du brut : le brut ne correspond donc ni à ce que le salarié touche ni à ce que l’employeur paie…)


La question qui doit venir immédiatement aux lèvres est : pourquoi l’existence du plafond de la Sécurité sociale ?

Très simple : si vous gagnez un salaire supérieur, vous cotiserez sur tout votre salaire mais on ne vous versera votre pension que sur la base du plafond… ce qui nous amène à la suite : que touche-t-on en partant à la retraite ?


La réponse est la suivante :
Salaire annuel moyen x Taux x Nombre de trimestres d'assurance / durée de référence.

Salaire annuel moyen : moyenne des salaires perçus pendant les 25 meilleures années d'activité, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale.

Taux : de 25 à 50%, fixé en fonction de la durée d'assurance, tous régimes confondus. Le taux maximum, dit "taux plein", est de 50%.

Durée d'assurance : nombre de trimestres (cotisés ou assimilés).

Durée de référence : 164 trimestres.

En clair, si vous avez cotisé pendant 41 ans pour un montant supérieur au plafond, vous toucherez la moitié du plafond.


Il ne s’agit que de quelques éléments superficiels, je ne vais pas aborder la complémentaire (par manque de temps et par pitié pour vos yeux fatigués) et j’ai volontairement laissé de côté tous les cas particuliers. Ceci dit, il s’agit du cas de 16,6 millions de cotisants et 11,5 millions de retraités – et ces chiffres devraient vous inquiéter !

 

Hesnoone



(1) http://www.lefigaro.fr/retraite/2008/03/31/05004-20080331ARTFIG00249-retraites-la-cfdt-boude-l-intersyndicale-aujourd-hui.php

(2) 1er janvier 2008, son montant s'élève à 2773€

(3) Pour toute information supplémentaire voir par exemple http://www.info-retraite.fr

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A
Il est vrai que le meilleur moyen de préparer se retraite est de constituer une épargne retraite tout au long de sa vie active, et le plus tôt possible, en complément de la retraité par répartition, qui reste le système le plus profitable car le plus solidaire. A chacun de prendre ses responsabilités et de constituer cet apport complémentaire selon ses moyens et ses besoins...
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J
Dans les autres pays, les choses ne sont pas forcément plus "libérales" ... AuX Etats Unis, il y a une retraite pour tous finacée par l'impôt! Mais son montant est très faible .. Il est non seulement prudent mais même impératif de se construire sa retraite à soi ...
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B
Le Gvt pêche comme le Gvt Villepin par un manque de pédagogie, et même de lisibilité sur ce qu'il a l'intention de faire, il est vrai.Je vois que nous sommes d'accord sur l'impérativité d'une réforme globale des régimes de retraite. Les salariés du privé, comme les fonctionnaires et toutes les autres formes d'emplois vont devoir consentir aux efforts.
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A
Face à un article aussi long et développé (ce qui n'est bien sûr pas une critique car il apporte quelques éclaircissements...), je ne peux que faire quelques remarques d'ordre général:- je me désole également que le libéralisme soit une notion aussi mal définie et mal comprise en France. Notons que les opposants à ce qu'il conviendrait d'appeler le capitalisme sont, sur ce point, plus audibles que ceux qui se disent libéraux (faute de pouvoir se définir clairement auprès de citoyens qui aiment majoritairement les choses simples);- la même logique permet aux syndicats et opposants à la réforme des retraites de simplifier le dossier et de dégager les (bons?) arguments en défaveur d'un projet, que la majorité de nos concitoyens ne maîtrisent pas totalement;- ceci étant dit, il est clair que notre pays a besoin d'une réforme du régime général qui repose sur un certain nombre de principes: or, par manque d'une vision claire, dictée par l'Elysée, on ne sait pas trop sur quelles bases repose ce projet. La seule chose que l'on sache: par manque d'argent, il va falloir travailler plus longtemps ! Ce que je ne remets pas en cause...Mais, tout cela se fera selon quelles modalités? On n'en sait trop rien... (par exemple, on sait pas trop si la pénibilité sera ou non prise en compte). Peut-être la pédagogie du gouvernement, de la majorité n'est-elle pas assez efficace !
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H
Simplissime !J'ignorais l'origine du plafond (j'ai surtout vu les modes de calculs et fonctionnement général)Effectivement, l'ARRCO et l'AGIRC fonctionnent avec des points. Et les calculs de pensions sont superbes, notamment l'inoubliabe taux d'appel. Mais comme peu de personnes savent réellement comment sont caculées les cotisations, cette arnaque passe inapercue... A l'issue de ce cours, 90% des élèves de la classe ont affirmé que jamais ils ne travailleraient en France :D
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