Tentative de synthèse

Publié le par L'Equipe de Débattons !

Suite à l'intérêt soulevé par la question de l'inscription, ou non, des langues réginales dans la Constitution, je tiens à vous faire partager un article d'opinion paru dans le Figaro. Ce que l'auteur explique ici est en très grande partie mon opinion sur le sujet, que j'ai eu l'occasion d'exprimer à travers commentaires et articles.

Mis à part les commentaires, et sauf rebondissement, je ne pense pas que je republierai sur ce sujet précis.

Bonne lecture !



Hesnoone



Paul-Marie Coûteaux, député européen, voit dans le projet d'introduire les langues régionales dans la Constitution un danger de reconstruction de l'Europe sur des bases ethnolinguistiques et non plus nationales.

[...]

L'aimable question des langues régionales révèle une vérité que la plupart de ses thuriféraires cachent avec soin : en vérité, elle en masque au moins deux autres : d'une part, celle de l'unité, d'autre part, celle de l'indépendance de la nation.

Unité parce que, la France n'étant pas une donnée de nature comme l'est une île, telle la Grande-Bretagne, où une race, par exemple le «Deutschtum», elle est tout entière culturelle et politique. Le partage d'une langue, la langue française, est le plus sûr, et d'ailleurs le plus noble, lien de solidarité entre les vivants, d'une part, entre eux et leur histoire, d'autre part ; elle est en somme le vrai socle de la nation. Elle est donc une affaire d'abord politique, et l'est d'autant plus à mesure qu'elle s'affirme comme un lien d'intégration mais aussi de socialisation et on pourrait dire de civilisation dans un monde qui menace tant l'une et l'autre.

De ce point de vue, le gouvernement français s'était certainement trompé en cherchant à inclure dans la Constitution la reconnaissance des langues régionales ; encore le faisait-il non pas en modifiant l'article linguistique qui fixe que «la langue de la République est le français», mais dans son article Ier, beaucoup plus politique en ce qu'il vise les cadres de notre République, le but de la reconnaissance des langues régionales étant de contribuer à l'établissement d'une république décentralisée : à chaque territoire une langue régionale ? C'est en somme le processus espagnol que l'on reprend ici sans voir à quoi il conduit (dans certaines universités catalanes, certaines disciplines ne sont pas assurées faute de trouver des enseignants qui sachent le catalan ; et nombre d'élèves sont victimes de discrimination selon que leur famille parle chez eux catalan, certains ne comprenant rien aux cours…).

À cela s'ajoute un autre problème : les minorités linguistiques sont si nombreuses en France, 73 selon le rapport de l'ancien délégué à la Langue française, M. Cerquiligni, que leur protection serait infinie et qu'il faudrait inclure aussi des langues comme le berbère, le wolof, et plusieurs dizaines d'autres. Il est envisagé pour elles, comme elle le fait à propos du tsigane, un «territoire mère» : c'est la communautarisation de la France que l'on organiserait ainsi. Et l'on s'étonne que le gouvernement ait songé à l'inclure dans le premier article de notre Constitution qui fixe les principes de la République. Il est vrai que c'est en son nom que le Conseil constitutionnel a refusé de valider la charte européenne des langues régionales signée par M. Jospin. Est-ce pour contourner son opposition que l'on a voulu inclure cette modification ? [...]

C'est ici qu'apparaît le second enjeu : après l'unité, c'est l'indépendance nationale que beaucoup visent. La recomposition de notre continent sur une base ethnolinguistique est un moyen d'effacer lentement les États-nations, au bénéfice d'une grande Europe supranationale. [...] L'Europe organise ainsi lentement sa babélisation qui, pour nombre d'esprits bien intentionnés, n'a déjà plus qu'un remède : le recours général à l'anglais, ou plus justement à l'anglo-américain…

Le Sénat de la République a donc montré plus de sagesse que le gouvernement et l'Assemblée nationale réunis, en refusant à une large majorité (216 voix contre 103) la reconnaissance constitutionnelle des langues régionales et minoritaires. Comment pouvait-il suivre l'argument sur la protection de notre patrimoine culturel, puisqu'il eut fallu reconnaître alors chacune de ses composantes, comme la protection des cathédrales ou la vinification du sauternes ? L'intention était donc politique mais allait à contresens de ce qui est raisonnable et souhaitable : une protection de nos langues traditionnelles doit s'accompagner d'une politique hardie en faveur du français langue internationale, et d'une protection renforcée du français en France telle que la réclame à juste titre une Académie française qui s'affirme aujourd'hui, avec nos sénateurs, un des meilleurs boucliers de la République.


http://www.lefigaro.fr/debats/2008/06/24/01005-20080624ARTFIG00477-une-menace-pour-l-unite-politique-et-culturelle.php



 

Publié dans Tribune libre

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Jacques Heurtault 24/06/2008 23:05

Je dois reconnaitre que je n'avais pas pensé à cette manière de voir ...